
A2N – Ceci dit, que reste-t-il de tout cela ?
G.G. - Vous savez, peut-être plus que les faits, les travers des hommes politiques sont têtus. Alors qu'il nous a fallu croiser le fer avec eux pour dénoncer leurs pratiques et leurs méthodes démagogiques, nous avons imposé l'incorporation dans le programme municipal de Sarcelles :
1 - Le vote des étrangers au niveau local.
2 - La construction d'une Maison des Cultures.
3 - Un poste d'adjoint au maire attribué à un Afro-antillais, de manière à ce que l'on cesse de nous attribuer des strapontins comme à l'accoutumée.
4 - Que Sarcelles soit jumelée avec les plus grandes villes d'Outre-Mer, ceci pour mieux conserver le contact avec nos racines.
Je dois préciser que dès que nous sommes partis, toutes ces bonnes propositions ont été rapidement abandonnées par l'équipe encore en place aujourd'hui. Sauf le poste d'adjoint obtenu grâce à notre lutte, existe encore dans des conditions et pour des raisons que la sociologie politique explique très bien.
"Et puis, si vous le permettez, je rappellerai que j'ai animé sous mon nom d'artiste (Séchou) ce dont je ne suis pas peu fier, une émission sur "Radio Soleil Goutte d'or", et une autre plus politique celle-ci, extrêmement écoutée et qui s'appelait "Le Club de
la Presse de Tropic F.M.", devenue aujourd'hui Média Tropical."
A2N – Après que vous ayez tant milité et dans tous ces domaines, on est tenté de vous demander pourquoi vous avez arrêté de faire de la politique ? Et pourquoi ne pas faire profiter un peu plus de votre expérience politique ?
G.G. - D'abord je n'ai jamais arrêté. Le fait de ne pas être encarté dans un parti politique traditionnel ne signifie pas que l'on se désintéresse de la chose politique. J'ai par exemple été candidat aux législatives en 1997 sous les couleurs du R.D.C. (Rassemblement pour
la Démocratie et le Civisme), groupement constitué par des Antillais et au sein duquel j'ai sérieusement milité.
A2N - Si je comprends bien, à la demande de participation active qui vous est formulée, votre réponse serait plutôt oui ?
G.G. – Ah ! Ah ! (N.D.L.R. rires) Comme vous y allez ! Je vous disais que je ne me suis pas dérobé aux sollicitations mais je ne vous ai pas dit que j'y ai répondu telles qu'elles m'étaient présentées. A leur demande précise, telle qu'elle était formulée, j'ai répondu par la négative. Et comme à ces gens, je vais vous faire une réponse claire et sans équivoque qui, peut-être, ne vous satisfera pas. Mais je crains que vous ne deviez tout de même, vous en contenter pour l'instant. D'abord si je m'intéresse encore à la politique, je suis en effet, beaucoup moins engagé que par le passé. Ceci simplement, parce que j'ai décidé depuis quelques années de m'occuper prioritairement de ma famille et de moi-même. Militer c'est beaucoup, beaucoup de sacrifices et j'estime avoir déjà grandement donné parfois même au détriment des miens. Ensuite, parce j'ai conscience de certains travers dont font preuve nombre de nos compatriotes afro-antillais, même si je n'ignore pas qu'ils ne sont pas leur apanage.
A2N – Par exemple ?
G.G. – Comme par exemple, un certain déficit dans leur esprit de solidarité. Je dirais même plus, j'ai eu à constater et à déplorer la capacité de nuisance dont nous savons quelquefois faire preuve contre nous-mêmes, et ce, quelquefois simplement en échange de ce que j'ai appelé, il y a déjà longtemps, "un plat de lentilles". – Une propension à ne pas vouloir reconnaître le travail des autres, à beaucoup nous dénigrer, à nous faire sans cesse des procès d'intention, à comploter, à fomenter dès que nous entreprenons.
A2N – Aujourd'hui malgré toutes ces difficultés que vous venez de rappeler, qu'est-ce qui pourrait bien vous décider ?
G.G. – Eh bien ! Ma propension à aider les autres, ma fascination pour la chose politique, deux dispositions complémentaires à mon sens. Et puis, sans doute, parce que la demande s'est renouvelée. En réalité, elle se fait à nouveau insistante depuis que deux candidats éventuels, potentiels, simulés, je ne sais comment dire, ont déclaré forfait comme j'avais personnellement prédit qu'ils le feraient, et surtout, surtout dans le climat de grande déception qu'a suscité le désistement forcé de Christiane Taubira, ce que j'ai personnellement, profondément regretté. Dès lors je me suis retrouvé devant deux questions d'importance.
1) - Avais-je le loisir, le droit de refuser, sans scrupule, de m'engager dans cette bataille dure et décisive pour défendre des valeurs que j'ai toujours trouvées justes et pour lesquelles je me suis toujours battu ? A cette question, au risque de décevoir, ma réponse a été oui, j'en avais le droit en toute hypothèse. On a toujours, sauf exception bien entendu, le loisir de ne pas s'engager si cela est notre choix. Nul n'est indispensable sur cette terre. Et je suis parmi ceux qui plaident pour la reconnaissance du droit de chacun en la matière. Je suis d'ailleurs persuadé que les hommes politiques, les premiers, devraient faire preuve de modestie et d'abnégation. Le monde tournera bien sans chacun d'entre nous séparément. Et cela est si vrai que personne ne me met de couteau sous la gorge.
2) - Ces précisions faites, cette analyse menée, pouvais-je alors décliner l'invitation sans donner l'impression de me dérober ? Autrement dit, en quoi, le fait de participer, l'espace d'une période électorale, à la mise en exergue de revendications qui me sont chères, constituerait-il un danger pour moi Honnêtement, à part attirer l'attention des Renseignements Généraux ce qui est le lot de tout militant, et qui depuis des dizaines d'années est déjà le mien, je ne vois pas en quoi. Je crois, à l'inverse, que cela serait plutôt valorisant de pouvoir participer à une telle aventure.
A2N . – Alors pourquoi tant d'hésitation ? N'est-ce pas la crainte des critiques ?
G.G. - Vous savez, j'ai su très tôt que toute chose vaut son contraire. Le fait d'avoir écouté plaider des dizaines et des dizaines d'avocats, pendant des années, m'a démontré qu'il est toujours, oui toujours possible d'interpréter, de critiquer, de démonter, de falsifier, de travestir ce que vous dites ou faites et, partant, d'échafauder sa propre thèse, quand ce n'est pas de construire sa propre vérité. Evidemment, si on oublie ce comportement sans doute spécifique à l'humain, on se laisse surprendre or, chacun sait qu'un homme surpris est un homme battu. De plus si on n'a pas une carapace un peu solide on est abattu à la première salve. Non, je ne m'inquiète pas de cela, quoique je dise, la critique sera au rendez-vous au risque même de se ridiculiser. Non, si j'hésite, c'est grâce à l'âge que j'ai. Il m'oblige à puiser dans l'expérience acquise dont vous parliez, pour ne pas me priver de réflexion. Cette réflexion porte d'abord, prioritairement et une fois de plus, sur la réticence qu'affichent souvent nos compatriotes à faire quelquefois, abstraction de leurs intérêts personnels, individuels, à étouffer leur narcissisme, quand il s'agit de se mettre avec discipline au service de revendications unitairement élaborées et louablement défendables. A ce sujet, vraiment, je dois avouer que j'ai d'énormes doutes. Est-ce un crime de l'avouer ? Je pense que non et, que c'est d'affirmer le contraire qui serait une imposture. Ce serait vouloir caresser dans le sens du poil et flatter avec indécence nos communautés. Ce qu'elles souhaitent à mon avis, c'est que leurs valeurs soient reconnues à juste titre, et pas que l'on fasse de la surenchère ou de la démagogie à leur endroit.
A2N – Un peu dur non ?
G.G. – Pas du tout, en dénonçant cela, je ne dis rien de plus que ce qu'expriment beaucoup d'entre nous, nombre d'Africains, d'Antillais et d'autres. Il suffit pour s'en convaincre d'aller faire un tour sur des forums consacrés à ces sujets ou à ceux avoisinant. Mais vous savez, parmi ces gens qui pour combler leur peur bleue d'être oublier, qu'on ne parle plus d'eux, écrivent y compris n'importe quoi ou font parler d'eux sans arrêt sur le net, il y a aussi des gens que j'estime... mais que voulez-vous, nul n'est parfait ! Ces dispositions dont je regrette la rareté, sont nécessaires et indispensables à la réussite d'une quelconque initiative du type de celle dont nous parlons. Quiconque entreprendrait une telle tâche sans une longue, très longue réflexion, ferait preuve d'une inconscience évidente tant il est clair que nos communautés ne parviendront pas à se faire entendre sans une solide capacité à se solidariser, voire à se reconnaître et à se respecter.Ainsi donc, je le répète, je me devais de me poser quelques questions avant de me prononcer. Aujourd'hui, je demande, à ceux qui me sollicitent:
1– De me convaincre qu'il y a une réelle demande d'organisation issue des communautés afro-antillaises et plus largement des minorités dites visibles pour un "mieux vivre ensemble".
2)- Que je peux, personnellement être utile dans l'élaboration et la défense de leurs revendications. De même, que je peux les porter utilement à la connaissance de l'opinion publique.
3)- Qu'il existe un réel potentiel en terme de détermination à agir efficacement.
4)- Que l'on peut disposer de moyens suffisants en hommes, en finances, en matériels.
C'est de cette manière que je réponds, prenant sans doute le risque de déplaire et sachant que je ne suis pas de ceux qui croient pouvoir toujours agir seul et encore moins dans de telles circonstances, mais parce que semble-t-il, je suis considéré comme l'un de ces anciens qui devraient servir de guide. Ceci dit, malgré les critiques négatives que j'ai émises, je veux ajouter que le monde entier nous reconnaît et nous envie des qualités sur lesquelles je souhaiterais revenir et qu'il est dommage de laisser en jachère.
A2N - Autrement dit vous pourriez citer par exemple des personnes qui pourraient faire équipe avec vous ?
G.G. . – Vous savez, c'est toujours délicat de citer comme cela au détour d'une interview, des gens sans même les avoir consultés mais je pense, par exemple à des personnes comme ... Mme Joby Valente... M. Claudy Siart, M. Daniel Valminos ou M. Sanvi Panou. Je pense sincèrement que ces personnes ont de réelles compétences et, que si elles en étaient d'accord, je serais heureux de faire équipe avec elles. Heureux de nous lancer dans cette aventure qui nous mettrait à nouveau et autrement au service des communautés dont nous parlons. Se faisant, nous nous mettrons au service de
la République à laquelle, jusqu'à preuve du contraire, nous faisons partie comme je le rappelais au début de notre entretien.
Propos recueillis par A2N