Par Yassine Ayari
L'un noir, l'autre arabe. 15 ans pour le premier, 17 ans pour le second. Des jeunes comme les autres qui sortent du gymnase de Clichy par une soirée d'automne, pendant le mois de Ramadan. Ils arboraient capuches et survêtements, accoutrement que détestent les hommes en uniformes bleus. Justement, deux d'entre eux les avaient repérés et se précipitèrent sur les jeunes garçons afin de contrôler...de contrôler quoi déjà? Les deux policiers ne le savaient plus, ne le savaient pas. Ou plutôt, ils se souvenaient que la prime au rendement instaurée par leur patron rendait désormais attractif le harcèlement par le contrôle d'identité.
Zyed et Bouna, bien que sans historique dans le monde de la délinquance, connaissaient bien les forces de l'ordre. Sécurité, maintien de l'ordre, protection des biens et des personnes, tout cela ils l'avaient maintes fois entendu au sujet de la police mais chez eux, à Clichy, l'uniforme bleu identifiait simplement une bande comme une autre, une bande parmi tant d'autres. Les dealers protègent leur marché, la bande à Kader protège sa cité contre celle d'en face, quelques noirs ont un petit gang communautaire mais la bande des flics, la flicaille, personne ne savait ce qu'elle défendait, qui elle protégeait. A Clichy, les forces de l'ordre n'étaient que les forces du vide, les forces du rien.
Zyed et Bouna avaient peut-être un vague souvenir des cours d'instruction civique de sixième. Il en restait sûrement quelques expressions telles que droits, libertés, république...notions creuses qui n'ont pas prise sur la réalité du quotidien à Clichy. Eux, ils connaissaient le harcèlement, les violences, les bavures policières. Les banlieues, isolées de l'ensemble du pays étaient aussi un lieu de séquestration. Il ne leur restait donc plus qu'une seule solution : fuir!
Nous savons comment a fini cette course poursuite. Les forces du rien auront encore provoqué des morts pour rien et elles seront encore soutenues par le premier flic du pays qui utilisera l'injure, la provocation et les mensonges pour retarder/empêcher toute enquête.
Aujourd'hui les choses ont avancé malgré tout. Les statistiques montrent que gérer les ressources du ministère de l'intérieur comme des cow-boys des cités ne permet pas de faire baisser la délinquance tout en augmentant les tensions population/police.
Au niveau de la justice, l'enquête a assez progressé pour démontrer que Zyed et Bouna ne s'étaient livré à aucune forme de délit mais ont simplement pris la fuite pour éviter un harcèlement policier qu'ils ne connaissaient que trop bien. La mise en examen des policiers est donc imminente et c'est heureux car il est grand temps que la police paie, elle aussi, pour ses crimes.
Cependant, l'enquête doit aller jusqu'au bout et je souhaite qu'elle précise si le ministre de l'intérieur a couvert les policiers en se livrant à des mensonges éhontés (il avait déclaré que Zyed et Bouna venaient de commettre un cambriolage).
Dans n'importe quel pays démocratique, une enquête parlementaire aurait également eut lieu pour juger la responsabilité du Ministre N.Sarkozy dans les émeutes qui ont parcouru toutes les cités de France. Il est évident que son attitude provocatrice y a joué un rôle.
Dans toutes les banlieues, on ne demande finalement pas grand chose mais juste la justice pour tous. Est-ce trop demander que la République et ses représentants soient enfin à la hauteur des idéaux qu'ils prétendent incarner?






