Lundi 22 octobre 2007
1
22
/10
/Oct
/2007
16:46

Nicolas Sarkozy est bien cet inquiétant personnage que l'on redoutait si justement.On ne compte plus le nombre de polémiques qui accompagnent chacune de ses décisions depuis un peu plus de 100 jours de présidence. C'est dire s'il incarne bien cette rupture avec la France, notamment avec le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs. Omniprésident, il l'est, Hyperprésident, il l'est, Omniscient, il l'est et professeur des écoles, il souhaite l'être. Après la fameuse loi sur la "colonisation positive" du 23 février 2005, l'agité de l'Elysée est à nouveau au centre d'une nouvelle polémique mémorielle.
Aujourd'hui, il dicte sa loi en voulant imposer la lettre de Guy Môquet, fusillé à 17 ans par les Allemands en 1941, croyant qu'il suffisait qu'il verse quelques larmes de crocodile à la lecture de la dernière "volonté" du jeune communiste, il y a quelques semaines au Bois de Boulogne, lors d'une cérémonie organisée par l'historien réactionnaire Max Gallo. Le "petit père" du peuple entend imposer le 22 octobre comme jour de commémoration du Martyr de Guy Môquet et des fusillées de Châteaubriand. C'est du Sarkozisme pur jus, c'est à dire cette volonté débordante et pathologique de tout récupérer, instrumentaliser,manipuler tout ce qui est à sa portée.Pire, c'est la énième démonstration qu'il aspire à régenter et contrôler la vie quotidienne des Français et si possible dans tous les domaines. Dictature quand tu nous menaces !
Avec l'instrumentalisation de la mémoire de l'icône Guy Môquet, La France peut basculer dans une propagande civique et patriotique du style Nazi, Stalinien ou fasciste.C'est ce qui appelle quelques réflexions fondamentales sur les menaces que fait peser Nicolas Sarkozy sur les institutions républicaines.
1) Il n'est pas acceptable que les Politiques interviennent de manière aussi "décomplexée" dans les programmes scolaires. Il ne peut y avoir d'exception faite pour le locataire de l'Elysée.
2) Le choix de la lettre de Guy Môquet est une instrumentalisation évidente et outrancière du martyr du jeune militant communiste.C'est l'expression flagrante de la politique-spectacle du président, c'est à dire la mise en scène des émotions plus qu'un réel appel à la raison. C'est bien de ça qu'il s'agit avec cette lettre là. Faut-il préciser que ce témoignage, incontestablement poignant, est pour le moins sans référence précise au contexte de l'occupation Allemande et à la collaboration en 1941 ?
3) L'initiative présidentielle est condamnable car elle tend à réduire la résistance à sa seule dimension sacrificielle, celle d'un jeune fusillé parlant de courage, d'attachement au siens, de sens du sacrifice. Autrement dit, lire cette lettre sans aucune béquille pédagogique, c'est pratiquement faire l'apologie du suicide. Et pendant qu'on y est, pourquoi de pas recommander pour le prochain 22 octobre la lecture des lettres des jeunes kamikazes japonais pendant la deuxième guerre mondiale? Par exemple, pourquoi ne pas lire également les "testaments" des kamikazes du 11 septembre 2001? Ne se sacrifiaient-ils pas au nom d'une cause juste à leurs yeux ?
4) Accomplir les volontés du monarque élyséen, c'est participer de fait à la réinvention d'une résistance purement patriotique qui sert les intérêts de la politique dont le symbole est le "ministère de l'immigration et de l'identité nationale". Guy Môquet version Sarkozy, c'est une tentative bassement politicienne de construire une unité nationale factice basée sur de la pure exploitation émotionnelle.
5) La lettre de Guy Môquet sert d'autres desseins politiques moins avouables. Nicolas Sarkozy entend brouiller les clivages idéologiques, faire un monde politique où tout se vaut et rien n'est impossible.Cela lui permettrait de créer encore plus de confusion en s'installant dans le camp communiste, histoire de poursuivre sa politique dite d'ouverture, qui n'est en fait que débauchages, marchandages et petits arrangements entre "amis".
Aussi, utiliser le jeune militant communiste, ça permet de poursuivre la politique de culpabilisation de la France, ce qui conduit irrémédiablement à plus de frilosité des Hommes politiques quant il faut dénoncer le penchant très pro-israélien et américain de la nouvelle diplomatie Française. On en voit déjà les conséquences devant la timidité des réactions politiques face à la sortie toute néoconservatrice d'un Bernard Kouchner déclarant la guerre à l'Iran au nom du danger que représenterait ce pays pour l'existence de l'Etat hébreu. Comme quoi, pratiquer la repentance, c'est autorisé quand Nicolas Sarkozy le veut bien. Et pourtant, on croyait qu'il était opposé à ce qu'il a appelé la "repentance permanente".De qui se moque t-il ?
6) "L'opération Guy Môquet" ou la propagande mémorielle est détestable parce qu'elle démontre toute la volonté d'imposer une lecture unique et blanche de l'histoire de France. Elle ne tient pas compte des mémoires plurielles, notamment celles des citoyens Français "issus des anciennes colonies". On devine les ombres de tous ceux qui se cachent derrière l'écran de fumée du 22 octobre. Comment ne pas y voir les pattes réactionnaires d'intellectuels tels que Max Gallo, Petre Grenouillau, Henri Guaino, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, André Gluksman, Pascal Bruckner, tous proches ou ralliés à Nicolas Sarkozy ? On comprend un peu mieux maintenant ce que signifiait les premiers mot du président fraîchement élu, le mai dernier à la salle Gaveau. Ne disat-il pas, à quelque chose près, être devenu président des Français pour " en finir avec la concurrence des mémoires" ? Nous y voilà .
Conclusion, ce qu'il faut retenir de cette journée "Guy Môquet", c'est non seulement le fait que Nicolas Sarkozy pollue la mémoire d'un martyr de 17ans, qu'il alimente la montée du racisme et de la xénophobie, développe les frustrations mémorielles, tout ça est bien détonnant alors que les historiens travaillent sur un manuel d'histoire Franco-Allemande. Quand on pense que d'autres historiens multiplient les initiatives et réflexions favorisant l'enseignement des mémoires plurielles, lui penche plutôt pour l'unicité.C'est dire s'il convient plus que jamais de résister au locataire de l'Elysée qui met à mal l'idée du "vivre ensemble" dans une France multiculturelle.Il faut définitivement rappeler à Nicolas Sarkozy que la France se distingue par un particularisme, c'est à dire la clarté, celle qui empêche le "mélangisme" et "touchatouisme", qui sont ses disciplines de prédilection. Et si derrière ces mélanges en tous genres, il y avait une autre volonté, celle de préparer les petits Gaulois à s'engager dans de prochaines aventures aux côtés de Bush et ses copains incendiaires ? Ne l'oubliez pas, Guy Môquet s'est "sacrifié", comme le disent ceux qui justifient la nouvelle bataille de "identité nationale". Tout ça peut mener très loin.....jusqu'à bombarder l'Iran au nom d'un patriotisme "débridé et sans frontières"
A2N
Par alert2neg
-
Publié dans : Politique
1