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La propagande des médias aux ordres et la désinformation quotidienne de penseurs et pseudos philosophes, qui squattent les plateaux TV et ondes radiophoniques, ont triomphé de la lucidité des Français. Depuis hier, 16 mai 2007, le candidat du CAC 40, du MEDEF et des lobbies, est le président de la République. Sa victoire face à la candidate socialiste, Ségolène Royal, est nette ( sans bavures ???). La majorité des suffrages s'est portée sur son projet, celui d'une droite raciste et ultra-réactionnaire, ce n'est pas la présence de quelques Basanés à l'UMP ou dans le prochain gouvernement, voire les ralliements opportunistes de centristes et d'apparentés socialistes, qui démontrera le contraire. En criant aux loups et en sous-tendant qu'il existait des ennemis de l'intérieur, ceux là qui demandent la "repentance" de la France, comme l'ont suggéré le candidat de la peur et ses amis "intellectuels", les électeurs ont voté sans discernement pour un projet de société néoconservateur. On sait ce qu'il adviendra très bientôt. En clair, comme l'a rappelé le slogan choc de la campagne électorale, "Ensemble tout est possible". Oui, tout est possible, mais sans nous, c'est à dire une grande minorité ( 47%) qui croit en une société plus "juste" et plus "forte", fière de son identité "multiraciale", qui n'a pas honte de reconnaître toute son Histoire, celle qui est à la fois estimable et condamnable. 

Ce n'est qu'à ce prix là que la France se réalisera et évitera de culpabiliser ceux des siens qui ne croient ni au mythe d'une grand ancêtre Gaulois commun, ni aux bienfaits de la colonisation, encore moins aux fables d'un historien de pacotille sorti de la botte d'un journaliste cumulard et chef de la propagande sur l'unicité de l'Histoire ( pas la sienne, bien entendu).

Enfin, le nouvel occupant du château de l'Elysée n'empêchera pas au monde de tourner, même si l'on s'attend à subir, plus que jamais, ses coups de pression et autres intimidations. Il faut l'accepter, c'est le peuple qui l'a souhaité majoritairement ( 53%), mais regrettera très bientôt son choix à courte vue.  En attendant la CENSURE promise par le monarque en puissance, au nom de la protection des "petits intérêts" d'une oligarchie de la finance et de lobbies politico-mafieux, vous pouvez continuer à vous exprimer ou visiter cet espace de liberté sans concession.  Putain 5 ans !

  

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:11

Depuis quelques temps déjà, nous découvrons une campagne de prévention sur le Sida, réalisée par les pouvoirs publics, qui se décline par voie d’affichage urbain et spots télévisés en prime time, histoire de toucher un maximum de Français assis devant leurs poste(s) de télévision(s) en soirée.

Cette campagne diligentée par le ministère de la santé est d’autant plus « remarquable » qu’elle met en scène des noirs dans un rôle principal, chose qui n’est pas loin de constituer une vraie révolution dans un pays qui refuse obstinément d’intégrer positivement ses « minorités visibles », affichant dans ce domaine un retard sérieux par rapport aux pays pourtant décriés comme« communautaristes »,notamment les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A travers cette initiative, la France s’est-elle enfin décidé à assumer sa multiculturalité, au point d’octroyer une telle importance aux acteurs noirs ? Le doute est plus que permis pour quelques raisons évidentes.

Le manque de cohérence du choix du ministère de la santé !

Faire des acteurs noirs les relais d’une campagne de sensibilisation sur le Sida est certainement une banalité dans les pays Anglo-saxons, car les « minorités visibles » sont prises en compte dans toutes les sphères,mais pas en France, patrie des droits de l’homme, où il y a de nombreux blocages relatifs à l’histoire coloniale.

Il est suspect que les pouvoirs publics mettent en scène des protagonistes noirs comme support d’une initiative aussi importante pour la communauté nationale , alors que dans le même temps, d’autres campagnes, ô combien importantes, elle aussi, pour la santé publique, n’intègrent pas ces mêmes noirs.

Par exemple, combien de comédiens noirs occupent des rôles dans les spots sur la sécurité routière, le cancer, l’alcoolisme, sujets touchant toutes les catégories sans distinction ? Aucun.

Faut-il donc en déduire que l’Homme noir est plus crédible pour aborder les questions de sexualité et de maladies sexuellement transmissibles ? Très probablement dans l’imaginaire collectif Français.

Faut-il rappeler que dans le cas du cancer, l’organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît aujourd’hui que les populations Africaines sont au moins trois fois plus concernées par le cancer de la prostate que les populations Européennes ? Qu’attendent donc les pouvoirs publics Français pour lancer des opérations d’information d’envergure hexagonale ? N’existe t-il pas de populations Africaines dans l’hexagone et celles d’ascendance Africaine en provenance des Départements D’Outre-Mer ( Antilles, Guyane, Réunion) , sans oublier les collectivités territoriales de l’océan indien ? Il faut croire que la sur-représentation des cas de cancer de la prostate chez ces noirs qui vivent en France n’intéresse pas le ministère de la santé et des solidarités.

Le choix de comédiens noirs par le ministère de la santé n’est pas cohérent, parce que la communauté noire, au mieux, ne représente que 10% de la population nationale, ce qui signifie l’impact limité qu’elle peut avoir comme support de sensibilisation auprès de la communauté nationale, principalement ceux de souche, c’est à dire les blancs, cela d’autant plus qu’elle est marginalisée et dispose d’une importance économique très relative par rapport à d’autres communautés. On peut donc douter de l’adhésion de la communauté nationale à cette campagne de sensibilisation articulée autour de comédiens noirs, qui au "mieux", est perçue comme une initiative du ministère de la santé pour la communauté noire, au pire, alimente la stigmatisation de la communauté noire toute entière.

Racisme, clichés et univers colonial !

Des noirs pour parler du Sida, il ne pouvait y avoir aux yeux des pouvoirs publics de meilleurs « interlocuteurs » pour une « cause humanitaire » aussi terrifiante.

En choisissant des comédiens noirs, le ministère de la santé accuse habilement la communauté noire, accentuant ainsi les discriminations quotidiennes qui minent l’existence de ses membres en France. Cela confirme surtout combien il est aisé de trouver des boucs-émissaires pour justifier la morosité dans une société en pleine crise. Dans ce domaine, les pouvoirs publics ne dérogent pas aux bonnes vieilles méthodes, celles là qui consistent à ne voir les « minorités visibles » que sous l’angle de l’imaginaire colonial, à l’instar des représentations « Y’a bon banania »,Rhum Négrita, en passant par « Apéricubes ». C’est dire toute la richesse de la panoplie coloniale.

Des acteurs noirs qui recommandent au peuple tout l’intérêt de se faire dépister, c’est l’évidence même, comme l’estime le ministère de la santé public qui n’hésite pas à forcer la caricature en voulant imposer des boubous aux comédiens noirs ( lire l’ interview du réalisateur de la campagne en pièce jointe) Pour les pouvoirs publics, seule la fin justifie les moyens : il faut informer la communauté nationale des risques encourus à s’approcher des noirs et de leurs « mauvaises manières ».

Que des acteurs noirs soient le relais d’une campagne de sensibilisation sur le Sida en France, cela permet , ne serait-ce que de façon subliminale, d’entretenir la boîte à fantasmes sur une prétendue sexualité « débridée » et « bestiale », éléments qui alimentent les discours sur le mythe originel du Sida.

N’est-ce pas sur la base de ces raccourcis simplistes que l’Afrique s’est vue octroyer la paternité du virus du Sida ?

Cette campagne de sensibilisation est cynique et scandaleuse, car elle s’éloigne non seulement de son public-cible, c’est à dire la France dite de souche, en ne s’adressant pas directement aux plus vulnérables que sont les hétérosexuels, homosexuels et toxicomanes, mais surtout elle désigne la communauté noire comme vecteur avéré de la propagation du virus du Sida en France.

C’est là tout l’art du transfert de responsabilités d’une majorité vers la minorité. Cela peut sembler grossier,mais ça permet de conditionner les masses qui prennent tout ce qui passe dans les médias pour argent comptant.

Une France frileuse et réactionnaire !

Dans cette campagne sur la prévention du Sida, le ministère de la santé démontre combien la France reste fidèle à la vision étriquée qu’elle s’est construite pendant des siècles sur l’Afrique et les noirs en général. Par cette posture rigide, la preuve est faite que ce pays se regarde le nombril, tourne son regard vers le passé, stigmatise la différence pour mieux dissimuler son repli systématique sur son passé.

D’ailleurs, nous en avons eu la preuve ,il y a quelques semaines lors du vote du CIO pour l’organisation des JO de 2012. Pendant que Tony Blair misait sur la diversité culturelle de la ville de Londres, la jeunesse, l’audace, la France, elle, présentait un film de Luc Besson , pour le moins franchouillard, ethnocentriste et monocolore, où elle invitait son passé, c’est à dire le Baron de Coubertin, le Paris éternel, le Paris de Gustave Eiffel).Tout y était luxe, calme, beauté et volupté, et il n’y avait pas de noirs susceptibles de profaner la blancheur originelle de cette France d’hier. Douce France, chère pays de mon enfance !

Entre ce pays qui se regarde dans le rétroviseur et celui qui accuse "l’ étranger", il n’y a rien de bien rassurant. Faut-il pour autant encourager une campagne recommandant la mise en quarantaine de la minorité noire par les autres composantes "ethniques" de la communauté nationale ? Non. Par conséquent, pour aider la France à assumer son cachet multiracial, donc à mieux construire son futur, nous devons dire STOP maintenant au mépris institutionnel des "minorités visibles"

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:39

L’émission C dans l’air, du 05 Décembre 05, intitulé « j’ai 2 femmes et 10 enfants », est un exemple flagrant de cette  France où il faut, désormais, démontrer son racisme, particulièrement la Négrophobie et l’Islamophobie pour être dans l’air du temps. C’est à croire que l’histoire est un éternel recommencement, ce dont nous , NEGRES et BASANES de la République, ne doutons plus depuis, à mesure que les discours maurrassiens refont leur apparition dans les explications que  donnent la classe politique et  les médias à propos des récentes émeutes dans les banlieues.

 Force est de constater que la chaîne publique France 5 ne se singularise plus par son objectivité , comme nous le remarquons depuis quelques semaines, notamment en adoptant une tonalité toute Sarkozienne dans les débats consacrés aux banlieues. C’est la logique du prêt à penser inspirée par les néoconservateurs de la bande à Bush. Autant dire que la ligne idéologique est d’une extrême simplicité :mensonges stigmatisation et culpabilisation  

Nous remarquons  que, hormis la présence d’« experts » ès malaise dans les zones de non-droits , Ayatollahs de la « tolérance zéro » piquée aux Etats-Unis, à commencer par Xavier Raufer,  ex-militant d’extrême droite devenu spécialiste ès terroriste islamiste (sic !), Alain Bauer, ancien grand maître du grand orient de France chez les francs maçons et Roland Jacquard, spécialiste ès terroriste option Al Quaïda, il n’est jamais question d’intervenants capables de contester les délires messianiques des relais médiatiques de l’UMP. Quelle lâcheté ! Tout se passe comme si les détenteurs du pouvoir appréhendaient d’être directement confrontés à ceux qu’ils stigmatisent et calomnient systématiquement. N’est-ce donc pas là une traduction de la peur du complot permanent tel que les maîtres le redoutaient dans les champs de cannes et de coton ?

France 5, loin d’apporter un éclairage objectif sur les raisons profondes de revendications légitimes des jeunes français d’origine non-européenne, est devenue la meilleure tribune  offerte  à ceux qui veulent faire peur à l’opinion publique en parlant des « immigrés ».Nous payons donc une redevance à l’Etat pour se faire insulter ? Après le SMS raciste des fines gâchettes de France 3, autre chaîne publique, voici encore comment les BASANES financent ceux qui les insultent. Honteux !

Dans ce domaine de la Négrophobie galopante et affichée, votre chaîne, que nous finançons par la redevance, s’il fallait encore vous le rappeler, vient de franchir une étape, celle du racisme différentialiste, ce qui ne manque pas de nous rappeler les expériences réalisées sur nos ancêtres au nom de la supériorité Caucasienne, c'est-à-dire Européenne. Faut-il vous parler des exemples des Africains empaillés par des taxidermistes ou de Sara Baartman alias la vénus hottentote, dépecée au nom de sa différence morphologique ? Au moment où l’UMP parle des bienfaits de la colonisation et qu’un philosophe, Alain Finkielkraut enfonce le clou, soutenu par Nicolas Sarkozy, en parlant des « sauvages » civilisés grâce à la colonisation, nous ne pouvons plus admettre les propos tenus régulièrement par vos experts lors d’ émissions/ réquisitoire, à l’instar de celle du 05 décembre dernier, où l’on pouvait retenir quelques passages sans ambiguïté: Yves Marie Laulan, Sociologue, à propos du thème de l’émission, c'est-à-dire la polygamie « enfants maltraités et insuffisamment éduqués…..,sous-citoyens, analphabètes, sous-qualifiés, détournement du but des allocations familiales, les immigrés coûtent 36 milliards d’Euros à la France : maintien de l’ordre, justice, scolarité, expulsions des clandestins ( 4000 Euros/ pers), santé, formation…….et infractions commises à la RATP et SNCF ( 56 millions d’Euros) ,Gérard François Dumont, Géographe :« achats de femmes pour les transformer en seconde épouse, relégation au rang d’esclaves, enfants sous-éduqués et maltraités, les chefs d’Etats Africains sont des fainéants, qui ne sont même pas venus à Barcelone ( catastrophe), nous sommes prêts à les aider, mais eux ne sont pas prêts à changer leurs modes de vie »

Il ne fait pas de doute que des émissions sensationnalistes de ce type ne sont pas prêtes de s’arrêter, surtout si l’opinion continue de manifester ses peurs de l’étranger, sources de tous les malheurs français.

Aussi, nous disons assez.

Aujourd’hui, plus que jamais,  Nous sommes indignés que la Négrophobie et Islamophobie deviennent les nouveaux credo subtilement utilisés par ceux qui nous gouvernent pour expliquer les maux de la société.

Nous disons assez ; d’entendre des propos inacceptables, « racailles », « Karcher », qui rappellent des heures sombres du nazisme !   

Nous condamnons la fuite en avant des médias et de la classe politique qui veulent faire de l’immigration le prochain thème des présidentielles 2007, font de grossiers amalgames entre la crise sociale et raciale des banlieues et la grave récession sociale et économique que traverse la France.

Nous disons assez, d’être les boucs émissaires d’un contexte économique mondial catastrophique, ni les Noirs, ni les Arabes, ni l’islam ne sont les responsables des 2000 milliards d’euros, montant de la dette française.

 

 

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:45

 

 

 

 

Un 10 mai festif ? Ce jour de commémoration arraché au prix de 10 ans d’efforts associatifs, de lutte et de bagarre parlementaires, de négociation et de va-et-vient politiques serait-il réductible à une Pride, une fête de l’hilarité ? C’est ce qui ressort des informations que les associations et militants de la cause noire ont pu obtenir de sources fiables. Et qui est derrière cette infamie sans nom ? Le Cran, l’auto-désigné Conseil représentatif des associations noires de France, constitué d’anonymes et d’inconnus de tous ceux qui depuis 20 ans poussent à la reconnaissance de la cause des Mélanodermes en France. Ce Cran qui fait écran, constitué dans la pure tradition corrupto-électorale françafricaine, et qui s’attribue des projets culturels qui existaient avant que certains de ses membres n’apprennent en lisant les journaux qu’ils étaient affreusement noirs, discriminés et que cela pouvait finalement servir comme une chaussure ou un diplôme pour travailler, s’apprête à égayer la place de la Bastille par une commémoration festive. Un concert dont l’artiste phare invité serait … Patrick Bruel selon les informations autorisées. Interrogés par Afrikara.com, les responsables associatifs les plus représentatifs de la lutte contre les discriminations et les différentes formes de négrophobies, le Coffad et le MNH se sont indignées de cette dérive, de cette insulte à la mémoire de nos ancêtres déportés, esclavisés, et enfin raillés par leurs descendants s’offrant en spectacle pour toute forme de travail de mémoire…

«Un coup de cran d’arrêt à la mémoire de nos ancêtres et de nos revendications»

Mme Joby Valente présidente du MNH et vice présidente du Coffad, ancienne membre fondatrice du Capdiv, ancêtre du Cran qu’elle avait quitté de facto, s’est opposée avec véhémence à «une fête de la musique bis», envisageant cette initiative du cran comme «un coup de cran d’arrêt à la mémoire de nos ancêtres et de nos revendications». Constatant et déplorant que le Cran -appelé krank [malade en allemand] par des esprits pinailleurs- tente de «rendre ce qui est inacceptable acceptable par le rire», la militante anti-raciste a affirmé que «l’importante somme allouée au Cran pour le 10 mai pourrait être répartie entre associations ayant des projets intéressants et sérieux». En fait de somme, des fuites parlent d’un pactole allant de 300 000 euros jusqu’à son double. Le président du Coffad, M. Fassassi, vétéran des procès anti-racistes et des mobilisations de tous les Afrodescendants, s’est déclaré sur la même longueur d’onde que Mme Joby Valente. Il a martelé «qu’en aucun cas le 10 mai ne pouvait être une manifestation festive », mais «une journée de mémoire, de souvenir, de recueillement, dans un esprit de solidarité, de réflexion et d’action». Se voulant plus précis, M. Assani Fassassi a révélé avoir signifié personnellement son désaccord sur le projet d’une manifestation festive au président consort du Cran qui l’a appelé à cet effet, M. Lozes, puis au secrétaire générale de cette association M. Pambou.  

Le Coffad a sa propre proposition de programme pour le 10 mai, l’association a réservé depuis plusieurs mois la Place de la Nation et la Bourse du travail pour les rencontres et échanges constructifs entre acteurs de la mémoire négrière et grand public. L’indignation monte et se trouve bientôt à son paroxysme, l’animateur radio-télé emblématique de la cause noire en France, Claudy Siar a pris position dans le sens d’une commémoration digne, d’autres associations font entendre leur désaccord total.

Parmi elles, l’agence de veille le Collectif Alert2Neg qui a fait un exposé des motifs sans concession contre le Cran écran, cran d’arrêt, cran sans cran.

« Nous pensons en particulier à ce projet ubuesque dans lequel le CRAN, le 10 Mai prochain, avec le soutien scandaleux des pouvoirs publics, de personnalités du show-biz et d’associations dites antiracistes, entend profiter de l’abolition de l’esclavage, sur un ton festif, pour aussi bien célébrer la fraternité et les victoires des abolitionnistes que la libération des Noirs, sur fond de musique techno parade, chars arc-en ciel, ambiance « touche pas à mon pote » et cotillons . Rien que ça ! »

Interpellant directement les noceurs du 10 mai, le Collectif prévient « Nous ne pouvons admettre que, à travers votre grotesque « commémoration » de la Bastille , vous vous permettiez d’aborder notre Histoire sous un angle folklorique et vulgaire, et ce en ayant recours à d’illustres anonymes regroupés dans un groupuscule ne disposant d’aucune assise populaire, ce qui démontre tout le dédain que vous inspire cet hommage aux victimes d’un Crime contre l’Humanité unique dans les annales de l’Histoire. ».[Cf Lettre ouverte au Cran et aux profanateurs associés de la mémoire des victimes de la traite négrière transatlantique] L’imitation est la première forme d’intelligence dit-on. Il est donc a priori évident et visible que les manifestations des communautés ayant eu une histoire traumatique comparable à celle des Noirs se gardent bien d’en faire des commémorations paillettes : Juifs, Arméniens notamment. Etait-ce si difficile que cela d’observer ? En tout état de cause le parti d’une commémoration festive rencontre un front de refus catégorique de la part des principales associations de défense des droits des Noirs et de la part des militants reconnus. Ces acteurs alternatifs devraient rapidement ficeler un programme en phase avec une optique de commémoration dans la dignité, le respect des ancêtres, des douleurs accumulées et crimes, et des moyens de faire retrouver l’espoir. 

www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1184

 

 

 

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:48

Associations, collectifs et des personnalités publiques, journalistes, écrivains ou chanteurs, se sont insurgés contre le projet du Cran d’organiser un évènement-concert à l’occasion de la première commémoration française de l’abolition de l’esclavage. La fronde a gagné : le concert est annulé. À l’image, par exemple, de Claudy Siar, animateur radio et télé emblématique de la cause noire en France, qui s’est prononcé pour un 10 mai solennel et non « carnavalesque ».

Par Fabienne Pinel 

mercredi 3 mai 2006

 Afrik.com : Comment réagissez-vous à l’annonce de l’annulation de l’évènement de la place de la Bastille  ? 
Claudy Siar :
C’est une grande nouvelle ! Même si c’était prévisible, car le Cran ne pouvait se heurter à la majorité des personnes qui se battent depuis des années pour la reconnaissance des victimes de l’esclavage et de la Traite. Voilà une bonne décision qui fera du 10 mai un évènement important et solennel de notre histoire, et non une fête de la musique du monde !

 Afrik.com : Que représente pour vous le 10 mai ?
Claudy Siar :
Le 10 mai est une date symbolique pour la France , et ce pour plusieurs raisons. Il marque le jour de l’adoption par le Parlement français de la Loi , proposée par Christiane Taubira, député de Guyane, qui reconnaît l’esclavage et la Traite des populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes comme un crime contre l’humanité. Même si le texte ferme la porte à toutes formes de réparations pour les descendants des victimes, il est, néanmoins, une étape essentielle. Au terme de nombreuses tergiversations et débats, la date du 10 mai a été choisie pour commémorer l’abolition de l’esclavage. C’est donc une date républicaine : une journée pour toutes les victimes de la barbarie et de l’esclavage. L’autre raison de sa portée symbolique est historique : le 10 mai 1802, le colonel mulâtre Delgrès fomente une rébellion, matée dans le sang, contre les troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage en Guadeloupe. Après 15 jours de massacres, il préfèrera se donner la mort, avec 300 de ses hommes, plutôt que de redevenir esclave...

 Afrik.com : Comment envisagez-vous le déroulement de cette journée ?
Claudy Siar :
C’est la première année que la France honore les victimes de la Traite négrière et de l’esclavage. Le gouvernement a pris une décision digne afin de commémorer ces victimes et sensibiliser la France à cette histoire qui appartient à notre passé commun. Nous devons donc, pour cette première commémoration, adopter une attitude de recueillement. On ne peut pas brouiller le message en organisant des festivités pour un jour si important. Un concert n’est pas, me semble-t-il, le moyen le plus approprié pour se souvenir des millions de morts causés par l’esclavage et la Traite. Il existe des codes, à nous de savoir les utiliser. Organiser un concert, même si la musique est fondamentale dans les sociétés afro caribéennes, nous semble cantonner l’Homme Noir à l’image véhiculée par les cultures colonialistes : un homme qui, avec de la musique, oublie tout, jusqu’à sa propre histoire ! Les leaders du Cran ne pouvaient pas ignorer la colère qui était en train de monter et les réactions de mécontentement que le concert suscitait. Il faut seulement avoir l’humilité nécessaire à ce type de commémoration.

Afrik.com : Vous considérez que le Cran n’avait pas la légitimité nécessaire pour organiser cette manifestation ?
Claudy Siar :
Je dirais juste que celui qui accepte d’endosser un si lourd fardeau, doit être à l’écoute. On ne peut pas créer un schisme au sein de la communauté afro caribéenne qui nuirait à notre image et serait un pont d’or aux Sarkozy, de Villiers, et autre Le Pen. On est parfaitement dans l’image coloniale, je le répète : « Donner leurs de la musique, ils s’amuseront et sauront quoi voter ! »

Afrik.com : C’est donc la forme, un concert, qui vous gêne ? Elle est pourtant l’apanage de nombreuses commémorations...
Claudy Siar :
Je suis prêt à chanter pour le Sidaction... En revanche, il m’est difficile d’imaginer - et attention, je ne suis pas en train de faire de compétition des mémoires - de chanter pour célébrer la fin de la Shoah. Dans ce cas, la douleur est trop grande et la commémoration se doit d’être solennelle. Le 10 mai aussi doit respecter cette très grande douleur.

Afrik.com : Comment va se dérouler cette journée ?
Claudy Siar :
Il va y avoir de nombreuses manifestations. Certaines très officielles, organisées par le gouvernement et le Sénat, et d’autres plus modestes. Nous devons conjuguer nos expertises et talents afin que cette journée ne soit pas celle de l’histoire des Noirs, mais bien celle de tous les Français. Les livres scolaires vont être changés pour que l’histoire de l’esclavage et de la Traite ne soit plus jamais minimisée. Nous devons donc donner le ton d’un recueillement solennel. Il y aura aussi des manifestations dans certains pays africains. Je trouve par ailleurs assez inadmissible que ces derniers s’alignent sur une date française. Je pense qu’il serait temps que l’Afrique écrive elle-même sa propre histoire !

Source : www.afrik.com/article9784.html

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:52

INTERVIEW POUR AFRICAMAAT RÉALISÉE PAR SYLVIA M’BOCKÉ.

S. M’Bocké : Tout le monde ne parle que de cela. La révélation du projet du CRAN par les militants terrains, MNH, Alert2Neg, Africamaat et autres, pour commémorer le 10 mai a fait l’effet d’une bombe. Etes-vous satisfait du retrait de ce projet par le CRAN ?

JP Omotunde : Je n’arrive toujours pas à m’expliquer, comment un tel projet à fait pour germer dans la tête des dirigeants du CRAN. C’est très grave ! Cela prouve qu’ils n’ont qu’une maigre expérience du militantisme donc qu’une lecture partielle des aspirations de la communauté noire. C’est à se demander qui tire les ficelles du CRAN ? Pour le moment, nous n’avons toujours aucune assurance de l’indépendance politique et idéologique du CRAN, qui semble avoir été crée, à ce qu’en dit la presse nationale, pour des objectifs qui vont bien au-delà des simples intérêts de la communauté noire. Un exemple significatif : Les Assises de la communauté noire organisées par le CRAN où les vrais militants noirs étaient absents et Dieudonné même pas invité. Lorsque l’on veut être crédible, on doit absolument remplir certaines obligations et pour le moment, le CRAN n’en a rempli aucune.

S.M. Depuis, Mr Lozès s’est exprimé sur Afrik.com et a annoncé que le CRAN a décidé d’annuler son opération face à l’indignation quasi-générale de la communauté noire. Comment appréciez-vous ses explications ?

JPO : Mr Lozès joue la victime en disant que l’objectif de l’action de contestation est de nuire au CRAN pour mieux masquer l’irresponsabilité de ses dirigeants. Organiser un projet festif pour commémorer le 10 mai, mais franchement ! En fait, nous lui avons sauvé la mise. Il ne se rend pas compte de la colère de la communauté qui ne lui aurait pas pardonné si la manifestation avait eu lieu. Le CRAN veut prendre des initiatives sans prendre conseil auprès des structures expérimentées dans la communauté. Mais avez-vous déjà vu Sylvia, les Arméniens commémorer leurs martyrs en dansant ? Avez-vous déjà vu les français commémorer les victimes des guerres occidentales en dansant ? Et ce sont les Noirs que le CRAN veut faire danser ? Mais vous vous imaginez le journal TV de 20 h du 10 mai : Les Nègres chantent et dansent pour célébrer leur histoire avec gros plan sur les artistes (Patrick Bruel et autres), paillettes et cotillons dans une ambiance « Carnaval de Rio ». Je vous assure, le 11 mai les dirigeant du CRAN se verraient dans l’obligation de s’expatrier à l’étranger.

S.M. Pourtant Mr Lozès clame qu’il y a méprise sur les intentions du CRAN.

JPO. Ces gens pensent que vu que l’esclavage n’est selon eux qu’un Crime et non pas un Génocide, on peut faire la fête. Voilà ce qui a été dit devant témoin. Qu’ils fassent la fête du CRAN comme ils l’entendent, mais s’il s’agit de toute la communauté, les choses sont différentes. D’ailleurs à partir de maintenant, je considère que ces gens sont fous et ce n’est pas en annulant leur projet qu’ils doivent croire qu’ils vont retrouver une crédibilité.

S.M. Etes vous un détracteur du CRAN ?

JPO. Sylvia, l’idée du CRAN est bonne, c’est la seule direction vers laquelle il faut tendre. Mais les conditions de la création du CRAN sont encore trop mystérieuses. Maintenant, ils doivent prendre la mesure des choses et ne pas croire qu’ils vont nous manipuler comme ils le souhaitent. Il n’y a pas dans cette structure la moitié d’un seul vrai militant noir et tous les dirigeants étaient aux abonnés absents lors des graves événements de 2005 (incendies à Paris, crash de l’avion en Martinique, Katrina, etc...).

S.M. Le CRAN avance pourtant l’idée que cette fête était un excellent moyen de faire connaître notre histoire.

JPO : Nous n’en voulons pas de leur idée à la noix ! Des idées comme celle-là qu’ils se les gardent. A un moment, il faut être sérieux !

S.M. Comment voyez-vous la Célébration  ?

JPO : C’est un formidable moment de recueillement, d’introspection, de souvenir, de communion entre nous tous. Il s’agit de rendre un hommage vibrant à nos ancêtres martyrs de l’appétit financier de l’Europe esclavagiste. La seule musique est celle des Ka et des Djembés qui viennent ponctuer les discours et les dépôts de gerbes. Je voyais même une retraite au flambeau silencieuse le soir. Au lieu de cela, le CRAN nous propose un concert façon Johnny Haliday, « noir c’est noir » ! Le CRAN veut rassembler la communauté mais avec un bistouri dans la main, du jamais vu ! Après ils disent ne pas vouloir donner le spectacle de la division des Noirs. Mais qui œuvre pour qu’il y ait division ? Nous nous voyons simplement une bande d’irresponsables et nous leur mettrons la pression jusqu’à ce qu’ils deviennent enfin responsables !

S.M. Au-delà, les CRAN souhaite sensibiliser le public sur cette page d’histoire, c’est pertinent non ?

JPO : Mais avec quel ouvrage, celui d’Olivier Pétré Grenouilleau ? Soyons sérieux encore une fois ! Raconter notre histoire avec les ouvrages des autres est encore un signe d’irresponsabilité notoire. Je tiens à rappeler que l’on a jamais vu un bourreau et une victime avoir le même point de vu sur un crime, d’où la nécessité de nous construire un point de vue autonome reposant sur des faits concrêts.

S.M. On a l’impression que vous dites ici ce que beaucoup pensent tout bas ?

JPO : Dans le fond, nous voulons tous construire et non détruire mais pour cela, il nous faut de bonnes bases communes. Le CRAN est aujourd’hui une coquille vide et il ne tient qu’aux dirigeants d’en faire quelque chose de valable.

SM. Je vous remercie...

JPO. De rien. En partant je vous invite à suivre de près le programme des chaînes TV pour le 10 mai 2006 :

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:56
Le zouk du Cran

Dans la soiree du 25 novembre 2005, une bien curieuse réunion s¹est tenue à Paris, rue de Charonne. Le Centre d¹action pour la promotion de la diversité en France (Capdiv) de Patrick Lozès et le Centre des gais, lesbiennes et trans de la Martinique (An Nou Alle) de Louis-Georges Tin, y réunissaient à grand peine les responsables de dix-sept petites associations africaines hétéroclites, repérées in extremis sur la toile. Qu¹à cela ne tienne : alors que les participants refusaient d¹adopter les statuts préparés par le Capdiv et de ratifier la nomination de Patrick Lozès à la tête de ce concile de carnaval, la une de certains journaux était déjà prête pour le lendemain matin. L¹interview du «président» Lozès également.

Ainsi est né le Cran, l¹organisme bidon qui se dit représentatif des associations «noires».

Son programme ? Essayer de s¹approprier ce que font les autres. Même s¹il ne représente qu¹une poignée de béni-oui-oui, le Cran, ouvertement raciste, exacerbe l¹extrémisme et l¹intolérance, ce qui arrange sans doute quelques politiques.

Voici donc aujourd¹hui un Rastignac franco-béninois, acquis aux thèses révisionnistes et admirateur de Napoléon, autoproclamé porte-parole des descendants d¹esclaves ! Et pour essayer de rallier quelques danseurs à l¹idéologie coloniale, il a estimé utile d¹organiser - aux frais du contribuable, espère-t-il - un grand zouk à la Bastille pour le 10 mai. Cette bamboula de la Françafrique sera une occasion idéale de valider les poncifs les plus éculés. Pour les commanditaires de M. Lozès, les «noirs» sont de grands enfants qui ont le rythme dans la peau. Ils dansent en toutes circonstances. Et puis, avec un peu de chance, la soirée dégénérera. On aura un arrière-goût d¹automne 2005.

Quel digne et grandiose spectacle que celui des descendants d¹esclaves venant, au nom de la race, se trémousser à la Bastille pour remercier les abolitionnistes et leurs héritiers ! L¹apothéose de la loi Taubira ! Un grand merci, donc, à Patrick Lozès et à tous ceux qui le soutiennent pour cette brillante initiative, certes onéreuse, mais qui aidera peut-être Jean-Marie à passer le cap du premier tour.

La France a déporté aux Antilles plus d¹un million d¹esclaves et tué six millions d¹Africains ? Une belle occasion de se réjouir. Alors, que la fête commence ! Puisqu¹on vous dit de zouker ! Comme sur les navires de jadis, pour se rafraîchir un peu avant de retourner s¹allonger dans l¹entrepont où l¹on vous remettra les chaînes

www.claude-ribbe.com

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Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:58
    Mesdames, Messieurs,

    La France se souviendra, pour la première fois, de la tragédie des millions d'Africains, Hommes, Femmes et Enfants, razziés, déportés et esclavisés dans le « nouveau monde » au nom de théories racistes postulant de l'infériorité naturelle des Noirs, et d'autres plus utilitaristes ayant fait du continent Africain une source intarissable de main d'œuvre soumise, humiliée et corvéable à souhait pour la mise en valeur des terres des Amériques. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette initiative mémorielle, même si elle intervient tardivement, soit huit années après l'importante mobilisation d'associations Africaines et de descendants d'Africains issus de la Traite Négrière Transatlantique, à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de l'abolition de l'esclavage. C'était en 1998, mais curieusement cette commémoration, qui avait réuni 45 000 manifestants pendant une marche silencieuse, n'avait suscité qu'une certaine indifférence dans les médias et la grande majorité de la cl! asse politique.

    Toutefois, alors que la loi dite Taubira du 21 Mai 2001, qui reconnaît la traite et l'esclavage des Noirs comme Crime contre l'Humanité par la France, concrétise enfin de longues années de luttes d'associations, de personnalités et d'anonymes, implique de tous un Respect inconditionné de la Mémoire des Victimes et suppose, outre des réparations légitimes, un égard solennel à l'adresse de leurs Descendants, nous demeurons particulièrement attentifs sur la nature des diverses cérémonies qui accompagneront la prochaine journée du 10 mai 2006, désormais, jour national du souvenir des victimes de Traite Négrière Transatlantique.

    Notre vigilance est d'autant plus grande qu'il y a, encore une fois, des entreprises tendant à porter atteinte à notre travail de mémoire, chose qui ne serait admise par aucune communauté humaine victime d'un Crime contre l'Humanité. Nous pensons en particulier à ce projet ubuesque dans lequel le CRAN, le 10 Mai prochain, avec le soutien scandaleux des pouvoirs publics, de personnalités du show-biz et d'associations dites antiracistes, entend profiter de l'abolition de l'esclavage, sur un ton festif, pour aussi bien célébrer la fraternité et les victoires des abolitionnistes que la libération des Noirs, sur fond de musique techno parade, chars arc-en ciel, ambiance « touche pas à mon pote » et cotillons . Rien que ça !

    Faut-il vous rappeler qu'une telle mise en scène de la commémoration du martyr de millions d'âmes, en plus de s'éloigner totalement de l'esprit de recueillement qu'implique le souvenir de la mémoire de nos ancêtres, aïeux et parents, constituerait un soutien considérable apporté à ceux qui parlent des bienfaits de la mission civilisatrice de la colonisation occidentale en Afrique ? Devrions nous, dorénavant, faire la fête tous les 10 Mai à la Bastille pour mieux oublier les 200 millions de suppliciés Africains pendant 4 siècles de férocité occidentale ?

    En effet, si l'on admet que l'on peut tout faire à travers le « spectacle », même mettre en scène les crimes imprescriptibles contre l'Humanité, pourquoi donc continuer à se souvenir d'autres génocides, notamment ceux commis contre les Arméniens et les Juifs ? Ne pensez vous pas qu'il serait insupportable et pris comme une provocation si vous invitiez ces communautés à pratiquer l'oubli des leurs au son des musiques du « monde » ? Inimaginable ! Pourquoi tant de légèreté et de mépris lorsqu'il s'agit d'aborder l'Histoire des Africains et de leurs descendants issus de la Traite Transatlantique ? Ignorez vous que cette tragédie, largement méconnue et occultée, perdure actuellement à travers les diverses formes de racisme et de discriminations régulièrement perpétuées à l'encontre des Noirs.

    Faut-il vous rappeler que des Noirs sont quotidiennement, discriminés à l'emploi, au logement et loisirs, insultés dans les stades de football, agressés dans les rues, voire tués par balles, par exemple, en Russie ?

    Nous ne pouvons admettre que, à travers votre grotesque « commémoration » de la Bastille, vous vous permettiez d'aborder notre Histoire sous un angle folklorique et vulgaire, et ce en ayant recours à d'illustres anonymes regroupés dans un groupuscule ne disposant d'aucune assise populaire, ce qui démontre tout le dédain que vous inspire cet hommage aux victimes d'un Crime contre l'Humanité unique dans les annales de l'Histoire.

    Par conséquent, parce que votre « spectacle » contribue directement à la banalisation de notre Histoire, par le jeu inacceptable d'une « commémoration festive », et que vous alimentez insidieusement les postures révisionnistes visant à entretenir la confusion sur les causes, les mobiles et les principaux responsables de la Traite négrière, Nous entendons faire respecter, en toutes circonstances, l'honneur et la dignité de nos ancêtres en marquant fermement notre désaccord face à votre démarche qui, sous couvert d'humanisme, participe activement au préjudice subi par les Nôtres.

    Nous vous informons donc que parce que notre dignité ne se marchande pas, même pour 620 000 Euros, somme promise au CRAN pour commettre ce CRIME contre Notre Mémoire, Nous donnerons les suites qui s'imposent à cette provocation supplémentaire, notamment en engageant toutes actions nécessaires en vue de mettre un terme à vos velléités racoleuses que Nous considérons non seulement attentatoires à notre Mémoire, mais également parties prenantes de l'apologie manifeste de crime contre l'Humanité.

    Collectif Alert2neg
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Mardi 10 octobre 2006 2 10 /10 /2006 15:04

Sacrilège et incrédulité ! Trois pays africains, le Congo, le Gabon le Centrafrique brandissant drapeaux et attributs d’indépendance décident d’honorer comme jamais nul ne l’a fait par ailleurs un explorateur, c'est-à-dire un colonisateur, un de ceux qui, aux prix de massacres et de tueries inqualifiables, ont fait rentrer l’Afrique, l’Afrique centrale, dans l’orbite française. Historique ! Pierre Paul Camille Savorgnan de Brazza [1852-1905] avait ouvert la voie au colonialisme français dans ce qui serait plus tard l’Afrique équatoriale française et c’est au moment où l’intelligentsia française signe sa tradition de consanguinité aux crimes du colonialisme en débattant sur ses effets positifs, que d’éminents dirigeants africains refont allégeance à leur mise en tutelle, leur assignation à servitude historique. Cela ressemble à un scénario de fiction à peine croyable, mais c’est brutalement la vérité. Celle de Brazzaville, capitale du Congo-Brazzaville officiellement créée par De Brazza en 1880, qui le 03 octobre 2006 accueillait les cendres du premier colonisateur français d’origine italienne, d’ailleurs rejeté et tombé dans l’oubli depuis dans son propre pays d’adoption la France.

Le Congo-Brazzaville trop démocratiquement dirigé par M. Sassou Nguesso, n’a pas recouvré d’une guerre civile extrêmement meurtrière à la fin des années 90 qui fit des milliers de victimes et détruisit un pays où règne désormais, avec la désolation, le maître des céans, sans partage ni cadre institutionnel d’expression collective.

Ce Congo-là ne trouve pas mieux à faire, -on penserait banalement à la création des conditions durables pour une réconciliation nationale véritable- que de dépenser six millions d’euros co-financés par la France et le Gabon dans une construction gigantesque en marbre à la mémoire de Sarvorgnan de Brazza ré-inhumé avec sa famille sur les rives du fleuve Congo. A la bêtise politique s’ajoute le sacrilège d’Etat, avec la participation active de la puissance coloniale… Voilà en effet un an que cette question de la ré-inhumation de Pierre Savorgnan de Brazza agite une partie des dirigeants pro-colonialistes français, congolais et gabonais. Les cendres auraient du être rapatriées à l’occasion du centenaire de la mort du colonisateur en 2005 mais des problèmes semblent-ils seraient survenus avec la famille des descendants du roi Makoko qui fut amené à céder [?] son royaume à la France , en en faisant un protectorat.

En février 2005 à Brazzaville les présidents français, congolais et gabonais posaient la première pierre de l’encore futur mausolée De Brazza et l’église catholique locale, rarement en avance d’un train de l’histoire comme son obligée vaticane, s’apprêtait à lancer en juillet de la même année l’étude de la béatification de l’«explorateur» qui eut pourtant recours, à l’instar des autres, aux armes à feu pour percer les secrets de la forêt équatoriale et de ses civilisations. Une maladie que cette Brazzamania politique soudaine qui pourrait cacher des enjeux d’une nature inavouée [détournements financiers, affiliation maçonnique -De Brazza et les présidents associés à cette commémoration étant des frères «lumière»] tant les acteurs de ces mises en scène obscènes ne se sont jamais fait remarqué ni pour leurs sens des commémorations -si ce n’est de leurs mythologies personnelles-, ni pour leur passion désintéressée en de quelconque objets collectifs.

Un vent d’indignation salvatrice heureusement traverse tout de même le Congo et ses élites, et naturellement les Françafricains en faction n’en ont aucune cure. L’historien, égyptologue et linguiste Théophile Obenga s’insurge avec autorité contre cette insulte au peuple congolais et africain tout entier, alors que des vies sont tombées sur le champs de bataille de l’anticolonialisme, elles sont rayées et effacées par des décisions françafricaines si humiliantes : mettre à l’honneur le pionnier de la colonisation dans le pays colonisé. Comparativement, la France qui se prête à ce sacrilège devrait méditer l’idée d’un mausolée sur son sol pour les soldats allemands qui l’ont envahie en 1939-45. Théophile Obenga a fait des révélations historiques d’une gravité particulièrement lourde sur la mission et les conditions criminelles de la mission de De Brazza au Congo publiées dans une vidéo iconoclaste par le site Congopage et reprise sur Mwinda.org le 28.09.06 [http://www.mwinda.org/article/obenga.html]. Selon l’historien qui a au préalable exposé sa méthode d’enquête de terrain et les sources écrites et orales existantes sur De Brazza, la mission de l’explorateur a été marquée par des crimes de viols commis par de Brazza, «connus de tous» mais appartenant au non dit de l’histoire congolaise.

En effet, la vie des «explorateurs» n’a jamais été celle des fictions libertaires qui dépeignent des hommes épris de liberté et de rencontre entre les peuples. Au contraire, il s’est toujours agit d’experts au maniement des armes, marins et guerroyeurs, frustres personnages ne reculant devant aucune horreur pour obtenir des informations, des capitulations, des protectorats. C’est ainsi que De Brazza, a violé une princesse Batéké à Mbé, chargée du feu royal. Il séjournait à la cours sous la protection du souverain et posa cet acte criminel qui eut des conséquences énormes dans l’équilibre même des institutions symboliques du pouvoir. Cette princesse, attachée au feu royal était vierge, comme le veut la tradition qui accorde à cet état le privilège de protéger l’incandescence du royaume et du souverain devant les mânes et les forces surnaturelles. L’acte de De Brazza, du point de vue de la tradition faisait donc basculer la monarchie, obscurcissant son pouvoir mystique. C’est pour cela que, à titre de compensation symbolique, De Brazza offrit son casque colonial, présenté comme un équivalent du feu royal, dépositaire des attributs du pouvoir des Blancs aux Tékés. Ceci explique que la femme du roi Téké -détentrice effective du pouvoir- porte, et c’est un fait rare sinon unique selon le professeur Obenga, le casque colonial laissé par De Brazza. Mais il est probable que l’un ne valait guère l’autre, puisqu’un tel sacrilège était considéré dans la tradition comme apocalyptique, le feu royal étant celui de la vie même du royaume et de ses protecteurs invisibles, sa souillure ne pouvait qu’exposer au pire…

Théophile Obenga est très prolixe sur cette question et sur les récidives de De Brazza sur ce terrain criminel, il relève la haine de soi qui caractérise une société [politique] qui rend un honneur pharaonique à quelqu’un qui a violé une de ses princesses, et qui plonge dans l’oubli ses propres enfants, ceux qui tant bien que mal ont de fait contribué au Congo d’aujourd’hui. Ce qui est grave c’est que le Congo n’est pas un micro climat de cette haine de soi, elle est la trace même des colonisations réussies, entretenues, auto-entretenues par les élites somnambules des rapports d’aliénation et de sujétion.

Le 21 septembre à l’Unesco lors du cinquantenaire du premier congrès des écrivains et artistes noirs de 1956, le juriste et avocat angolais Manuel Jorge, auteur d’un ouvrage dit de référence «Pour comprendre l’Angola» paru chez Présence africaine [2003], expliquait avec suffisance et déclamation que l’ingérence -étrangère- pouvait renforcer la souveraineté des peuples africains ! Il confirmait sa pensée inoubliable en affirmant que si l’Afrique était dans la situation actuelle c’était bien parce qu’elle manquait de vertu et ne fonctionnait que selon le vice. Nous parlons d’un «intellectuel» enseignant dans une université française dont le pays a été ravagé par une lutte de libération contre le colon portugais puis déchiré dans une guerre civile où les intérêts étrangers furent très efficaces à faire durer le conflit tout en pillant le diamant local... Au vu et au su de tous, sauf de Manuel Jorge. Comme quoi les présidents congolais, gabonais, centrafricains ne sont pas des cas isolés. Ce n’est en rien démoralisant, cela donne en grandeur nature les dimensions du travail de conscience, de mémoire, d’histoire, de vérité, d’éthique, à accomplir pour parvenir à des sociétés qui de nouveau s’aimeront et s’accorderont la dignité immanente d’être libres, d’être.

www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1423

 

 

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Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /2006 01:22

 

Jamel, arrête ! 

Par Antoine Wave Garnier

Canal+ et Jamel utilisent le concept créé par un jeune comique noir, Delo

Soit nous sommes des tocards incapables de monter des entreprises, d'en protéger la qualité, la teneur et les intérêts, soit de vrai(e)s fainéant(e)s trop occupé(e)s à consommer nos propres produits vendus par d'autres que cependant l'on jalouse, soient certains éléments sont vraiment contre nous (et il nous faut, alors, apprendre à les identifier et les maîtriser au plus vite ? sous peine de risquer de tout perdre ou de ne rien gagner). Ainsi, nous pouvons aussi avoir vraiment affaire à un faisceau de paramètres qui, certainement, freinent, voire, mettent en péril ou à plat l'esprit et l'action entreprenariales de membres de notre communauté d'agissant(e)s.

Car s'opère devant nos yeux, ahuris, un vol sans vergogne de nos idées, de nos talents, résultat de l'inexistence d'un réseau structuré nécessaire. C'est l'histoire, pas si singulière, de l'artiste Delo, comique et jeune entrepreneur de son état déjà vu dans les pages de Grioo.com. Jugez plutôt.

RETOUR SUR LES FAITS :

Durant les mois de septembre et novembre derniers se tiennent à La Scène , boîte du quartier de Bastille, les Jokes Session, mise en scène de la nouvelle génération de comiques à l'initiative de Delo reconverti en organisateur-entrepreneur-animateur.

Au cours de la troisième Èdition, Alexandre Jordanov, journaliste pour la société de production audiovisuelle Capa et travaillant pour le Journal de Karl Zero est dans la salle. Séduit par ce qu'il voit et entend, il entre en contact avec Delo et devient son intermédiaire entre lui et la chaîne de télévision Canal Plus. La chaîne cryptée émet un avis oral favorable par la voix de M. Aprikian, son directeur des programmes qui accepte le projet sur le principe et demande plus de temps pour que s'engagent de plus amples discussions logiques concernant le volet financier d'un projet d'émission de 26 minutes.

Fin de l'année dernière, la France est en plein débat sur l'invisibilité des minorités «trop visibles». Cela tombe bien, Delo est noir et sa petite entreprise ne connaît pas la crise. Les comiques «invisibles» s'y pressent pour «étoffer leurs CV pour une scène du «rire de banlieue» décomplexée qui suscite de plus en plus d'intérêts « économiques, culturels et politiques, et dont les acteurs/trices s'organisent progressivement professionnellement(*).

(* Comic Street Show et Barre de Rires sont des entreprises qui mettent, parallèlement, en scène d?autres séries de comiques.)

 LE HIC

Le même jour que Jordanov, Kader Aoun, auteur patenté des sketches de Jamel Debouzze et pointure chez Canal depuis l'explosion de son poulain, est présent à La Scène. Lui aussi juge du potentiel de ce à quoi il assiste. Fort de son histoire à Canal ? il a participé à rajeunir l?image de la chaîne via ses différents projets ? il propose des Jokes Session remaniées à sa sauce.

Entre-temps, il y a placé ses troupes, débauché les comiques «castés» par Delo et placé à la tête de son animation... Jamel. Depuis Canal se fait un nouveau masque de jeunesse à l'avocat ayant perdu l'exclusivité de la diffusion du football, de l'accès aux films porno, concurrencé par la télévision sur mobiles, internet et MSN que chérissent les jeunes, avec l'introduction, sur son antenne, le samedi soir, de Jamel Comedy Club(*), en clair, vendue à grand renfort de publicités, où le tout français branché se délecte d'être invité et de nager dans le must de ce qui se fait en matière de «talent de rue».

Jamel y regagne une crédibilité face au complexe de success man dont il semble être victime alors que ses projets s'éloignent de plus en plus du stand up. Bien sûr Canal + a fait le pari, commercialement compréhensible, de mettre en avant un nom, plutôt qu'un inconnu en cette époque de people-isation effrénée?

(* Jamel pousse jusqu'à détourner le nom du concept d'émission télévisée inventée par l'imprésario américain noir Russel Simmons, Def Jam Comedy Jam, en Jamel Comedy Club avec une boîte de production nommée Debjam produisant la tournée des comiques?) 

 

 LE BAAA?

 Le problème n'est pas tant dans le fait de constater combien des prédateurs se partagent l'énorme gâteau des profits tirés de nos choix télévisuels, ou la naïveté dont peuvent parfois faire preuve les vrais auteurs de concepts ou d'idées ? que la loi protège insuffisamment ? c'est le lot des requins, mais de sentir un goût amer de vomi en fond de gorge après chaque diffusion et le spectacle pitoyable du manque de scrupules d'une industrie du spectacle dépourvue d'idées, mais toute attachée à tirer profit de tout et ne respectant plus rien, ni personne, tirant plus vite que Lucky Luke que suscite ce dernier épisode.

Ce ne serait donc pas de chance pour Delo qui a perdu une bataille mais pas la guerre, ou est-ce un plus vertueux Jamel calculant (ou conseillé) de maintenir le lien entre lui et le talent des quartiers populaires à faire amende honorable et à partager les dividendes** de son nouveau statut artificiellement acquis ?

Son amour immodéré pour les stars américaines noires et leurs productions artistiques dont il se revendique l'héritier (Eddy Murphy, Barry White, Spike Lee etc), justifie-t-il qu'il le pousse jusqu'à voler de jeunes équivalents noirs français et afficher, sans gêne, en fin de générique «Créé et produit par Jamel Debouzze et Kader Aoun» ?

Jamel arrête.

Si, comme tu le soulignes si fort, le besoin de Justice, est le sentiment légitime qui t'anime dans la cause que défend ton dernier projet filmographique, alors, c'est dire combien tu te fous de nous si tu connais les dessous de cette affaire malodorante et nous manipule (comme tous les médias people désormais au courant mais hésitant à diffuser l'info au grand public face au capital sympathie, économique et culturel dont tu bénéficies).

Tu abuses et te fous de nous. C'est à gerber. Il y en a vraiment marre.

Le vrai auteur ne devrait-il pas être rétribué en touchant ne serait-ce qu'un pourcentage du prix de vente de l'émission à Canal + ?

 

 www.grioo.com/info8093.html



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 5 novembre 2006 7 05 /11 /2006 00:03

Par Pierre Tévanian, Saïd Bouamama

Après Culture impériale et Culture coloniale, Nicolas Bancel et Pascal Blanchard publient aux éditions Autrement un troisième volet intitulé Culture post-coloniale. Comme son nom l’indique, ce livre collectif traite des multiples manières dont le passé colonial de la France « marque en profondeur » le présent, dans des champs aussi divers que la « coopération », la « francophonie », les « politiques d’immigration » et « d’intégration », l’aide humanitaire, le « tourisme ethnique », la culture de masse ou encore les débats sur « la mémoire collective ». Nous en proposons un extrait : sollicités pour répondre à la question « Peut-on parler d’un racisme post-colonial dans la France de 2006 ? », Saïd Bouamama et Pierre Tevanian ont répondu par l’affirmative, en précisant pour quelles raisons et en quel sens.

À la question « Peut-on parler d’un racisme post-colonial ? », nous répondons par une autre question : Comment peut-on ne pas en parler ? Comment peut-on parler des formes contemporaines du racisme sans évoquer deux de ses principales généalogies : les systèmes esclavagiste et colonial ? Comment peut-on nier qu’existe aujourd’hui un profond racisme qui trouve son fondement dans des institutions, des pratiques, des discours et des représentations qui se sont élaborées dans le cadre de l’empire colonial français ? Comment peut-on le nier, par exemple, alors que les enquêtes d’opinion mettent en évidence une forme de mépris ou de rejet spécifique, plus fort et plus durable, à l’encontre des immigrés originaires de pays colonisés ?

De ces enquêtes [1], il ressort en effet que, depuis plusieurs décennies, deux phénomènes sont observables : d’une part, les vagues d’immigration les plus récentes sont toujours les plus dépréciées, les plus craintes ou les plus méprisées, tandis que le temps dissipe peu à peu cette crainte et ce mépris ; d’autre part, les immigrés issus de pays anciennement colonisés, notamment d’Afrique, font exception à cette première règle. En d’autres termes, il convient de distinguer le stigmate xénophobe, qui n’existe sous une forme exacerbée que pour les nouveaux arrivants, et le stigmate raciste, qui cristallise des représentations beaucoup plus profondément enracinées, et qui par conséquent ne perd pas - ou très peu - de sa force avec le renouvellement des générations et leur enracinement en France.

Si les immigrants italiens, polonais, arméniens ou portugais ont pu être, à leur arrivée en France, l’objet de discours infâmants et de mesures discriminatoires d’une grande brutalité, souvent comparables par leur forme et par leur violence à ce que subissent aujourd’hui les immigrants post-coloniaux [2], il n’en est pas allé de même pour leurs enfants, et moins encore pour leurs petits-enfants. On ne peut pas en dire autant des enfants d’immigrés maghrébins ou noirs-Africains, seuls condamnés à l’appellation absurde - mais éloquente politiquement - d’« immigrés de la deuxième ou troisième génération », et aux discriminations qui l’accompagnent.

Si le racisme est, selon la formule d’Albert Memmi, « une valorisation généralisée et définitive de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression ou des privilèges » [3], il y a bien un racisme spécifique qui s’est construit comme une légitimation de l’agression et du privilège coloniaux : il y a bien eu essentialisation et naturalisation de « différences culturelles » (notamment la référence musulmane), disqualification « morale » de ces différences, théorisation et production de « l’indigène » comme « corps d’exception » encadré par des dispositifs spécifiques (formalisés notamment, en Algérie, par le Sénatus-Consulte du 14 juillet 1865) [4]. Et ce racisme culturaliste s’est bel et bien transmis de génération en génération, y compris après les indépendances - et cela sans grande déperdition, comme tout système de représentations non-soumis à la critique et à la déconstruction : on peut difficilement nier que dans la société française contemporaine continuent de circuler - et d’agir - de manière massive des représentations du « Noir », de « l’immigré », du « musulman », du « beur » ou de la « beurette » [5] survalorisant une différence « culturelle » (« ils » sont différents de « nous ») en même temps que sont niées les autres différences, notamment de classe ou de « personnalité » (« ils » sont tous les mêmes, et « nous » partageons tous une même « identité nationale »).

Il n’est pas contestable non plus que cette double opération de clivage et d’amalgame produit des représentations clairement infériorisantes (« ils » sont marqués au mieux par la carence ou le retard, au pire par la dangerosité [6], tandis que « nous » incarnons « la Raison », « l’Universel » et « la modernité »). Il n’est pas contestable enfin que ce discours dévalorisant assure au présent la légitimation d’une situation de domination, de relégation et d’exclusion sociale systémiques.

Des discriminations systémiques et institutionnelles

Après des décennies de cécité ou de dénégation, l’existence massive de discriminations racistes commence à être reconnue, et beaucoup sont prêts à admettre qu’elles touchent plus spécifiquement les descendants des anciens colonisés. Mais malgré l’existence de plusieurs études soulignant le caractère systémique de ces discriminations [7], celles-ci restent appréhendées majoritairement comme des phénomènes purement individuels de « méconnaissance de l’autre » ou de « repli sur soi », quand ce ne sont pas les victimes qui sont elles mêmes incriminées pour leur manque « d’intégration » ou leur retard « culturel » . Dans tous les cas, ce qui est nié est l’existence de processus sociaux de production des discriminations, en toute légalité, et par les institutions de la République elles-mêmes, masqués par un principe officiel de non-discrimination, rituellement proclamé mais quotidiennement bafoué [8]. Ce caractère systémique et institutionnel des discriminations est pourtant patent, et il constitue la première analogie repérable avec le rapport colonial :

« Outre la série d’analogies qu’on peut saisir entre les deux phénomènes - analogies d’ordre historique (l’immigration est souvent fille de la colonisation directe ou indirecte) et analogies de structure (l’immigration, actuellement, occupe dans l’ordre des relations de domination la place qu’occupait hier la colonisation) - l’immigration s’est, d’une certaine façon, érigée en système de la même manière qu’on disait que la « colonisation est un système » (selon l’expression de Sartre) » [9].

Le racisme post-colonial n’est donc pas une simple survivance du passé. Il s’agit au contraire d’une production permanente et systémique de notre société, les représentations héritées du passé étant reformulées et réinvesties au service d’intérêts contemporains. C’est bien notre société qui, au présent, continue de produire des indigènes au sens politique du terme : des « sous-citoyens », des « sujets » qui ne sont pas étrangers au sens juridique mais ne sont pas pour autant traités comme des Français à part entière.

Marx a bien étudié cette interaction entre passé et présent, et le rôle que joue l’imaginaire social hérité [10]. C’est à travers cet imaginaire que les hommes déchiffrent leur réalité vécue, déterminent les frontières entre un « nous » et un « eux », et fondent leur action présente. C’est en l’occurrence au travers de l’imaginaire colonial qu’ont été appréhendés les immigrés postcoloniaux des années 60 et 70, et qu’a été légitimée leur relégation économique, sociale et politique : insertion par le bas dans les secteurs les plus pénibles du monde économique, négation des besoins sociaux non liés directement aux besoins productifs, réduction de l’homme à une simple force de travail (et en conséquence non-prise en compte de la vie familiale et de l’inévitable enracinement), injonction à la discrétion et à l’apolitisme. La massification du chômage et de la précarité depuis la décennie 1980 s’est réalisée sur la base de cet ordre des dominations dans lequel les immigrés apparaissent comme dominés parmi les dominés, et les Français issus de la colonisation ont hérité de la place de leurs parents.

Des « attributions causales » culturalistes, capacitaires et dépolitisantes

L’imaginaire colonial se réinvestit notamment dans la manière d’appréhender les situations d’inégalité réelle. Dans le regard du colonisateur, les inégalités produites par le système colonial ne sont pas niées, mais leur génèse est refoulée, et recouverte par une explication biologique ou culturelle : le manque d’ardeur au travail du colonisé n’est par exemple pas expliqué par le rapport social colonial, qui impose au colonisé des conditions de travail éreintantes tout en le privant de toute initiative et de toute jouissance du fruit de son travail, mais par la congénitale indolence « de l’Africain » ou par l’incorrigible indiscipline « du Maghrébin » [11].

Un même mécanisme de décontextualisation, dépolitisation et ethnicisation opère aujourd’hui : ce ne sont plus les discriminations qui expliquent la marginalisation, la « rage » ou le « je-m’en-fichisme » [12] de nombreux jeunes issus de la colonisation, mais une carence de ces jeunes - manque de « repères » ou d’éducation parentale, incapacité ou incompatibilité « culturelle », manque de familiarité avec les « valeurs » de « la République » ou de « la modernité » ... Un ministre est même allé, en novembre 2005, jusqu’à inverser les causes et les effets en expliquant la difficulté de ces jeunes à trouver un emploi par leurs « comportements asociaux » ... eux-mêmes produits par la polygamie des parents !

La thématique de « l’intégration », encore dominante dans les politiques publiques ciblant les immigrés ou leurs enfants, s’inscrit dans ce registre culturaliste, capacitaire et dépolitisant. L’appel à l’intégration assigne en effet ses destinataires à une « différence culturelle » irréductible et à une perpétuelle position d’extériorité par rapport à la « communauté nationale » : s’« ils » doivent s’intégrer ou être intégrés, c’est qu’« ils » ne le sont pas encore - la procédure de naturalisation, avec son « questionnaire d’intégration », est l’une des traductions pratiques de cette logique. Or, c’est bien dans le cadre du système colonial que l’égalité des citoyens a été subvertie au profit d’une conception culturaliste de la Nation, le colonisé ne pouvant pleinement intégrer la citoyenneté qu’en renonçant à son « statut personnel » [13].

L’intégrationnisme, autre nom du racisme

Le mot d’ordre d’intégration impose également à ses destinataires une obligation de réserve, de discrétion, voire d’invisibilité. Eric Savarèse a montré comment le regard colonial tendait à invisibiliser le colonisé, ou à en faire le simple miroir dans lequel « la France » contemple son propre génie « civilisateur », et Abdelmalek Sayad a montré que cette invisibilisation était reproduite à l’endroit de l’immigration :

« Parce que le rapport de forces est incontestablement en faveur de la société d’immigration - ce qui l’autorise à renverser du tout au tout la relation qui l’unit aux immigrés, au point de placer ces derniers en position d’obligés là où ils devraient au contraire obliger - celle-ci n’a que trop tendance à porter à son bénéfice ce qui, pourtant, est l’œuvre des immigrés eux-mêmes : aussi est-ce fréquemment qu’on présente au moins les aspects les plus positifs (ou considérés comme tels) de l’expérience des immigrés, c’est-à-dire en gros, l’ensemble des acquisitions qu’ils ont su imposer au grès de leur immigration (...) comme le résultat d’un travail diffus ou systématique d’inculcation, d’éducation (...) travail qui consiste à produire ce qu’on appelle les « évolués » (et du même coup, à discriminer ces immigrés « évoluables », « éducables », ou « amendables » des immigrés qui ne le sont pas ou ne veulent pas l’être) et dont le mérite revient bien sûr à la société d’accueil et à elle seule » [14]

Il en va de même aujourd’hui pour les jeunes Français issus de la colonisation : eux aussi sont invisibilisés. Eux aussi sont sommés de ne pas être « ostentatoires ». Eux aussi sont les objets d’une injonction à la politesse et la discrétion alors même qu’ils font quotidiennement l’expérience du mépris et de l’injustice sociale. Et toute stratégie de visibilisation de leur part est ressentie comme une menace, un « refus d’intégration » ou un « rejet de la République ».

Au risque de choquer, on peut finalement dire que l’intégration, telle qu’elle est généralement pensée, parlée et traduite en termes de politiques publiques, est moins souvent une alternative à la discrimination raciste qu’une formulation sublimée ou un instrument de légitimation de cette discrimination : si le racisme est le refus de l’égalité, l’intégration est précisément le mot d’ordre qui permet d’évacuer la question égalitaire. En effet, si être « intégré », être « inclus », avoir « sa place » vaut mieux que d’être purement et simplement exclu, ces termes ne disent pas de quelle place il s’agit. Un serviteur a « sa place », il est inclus et intégré - il n’en demeure pas moins subordonné, méprisé et exploité.

Et de fait, dans de très nombreux contextes, parler de « problèmes d’intégration » sert essentiellement à ne pas prononcer d’autres mots, comme domination, discrimination ou inégalité. Le parallèle est à cet égard saisissant entre l’usage du terme même d’« intégration » dans le système colonial et dans le système post-colonial : dans les deux cas, au-delà des nombreuses différences de contexte, c’est la même opération qui est réalisée, à savoir le refoulement des revendications de liberté et d’égalité. Le mot « intégration » n’est en effet jamais autant utilisé par l’État français que lorsque les colonisés réclament l’égalité des droits, l’autodétermination ou l’indépendance - ou, plusieurs décennies plus tard, à partir de 1983, lorsque leurs descendants « marchent pour l’Égalité » [15].

« Intégrer, réprimer, promouvoir, émanciper »

Le système postcolonial reproduit aussi des opérations de division et de compartimentage des individus issues du système colonial : une masse à intégrer, une masse à réprimer, une élite à promouvoir, des femmes à « émanciper » .

Une masse à intégrer. « Handicaps culturels », « résistances », « inadaptation de l’islam à la modernité » ou à « la laïcité », manque « d’efforts d’intégration » : nous retrouvons dans tous ces clichés l’une des principales marques du « portrait mythique du colonisé », qu’Albert Memmi avait en son temps nommée « la marque du négatif ». Nous retrouvons le motif de « l’arriération » et du « retard », et son pendant : la mission « civilisatrice » de l’État français.

                            

Une masse à réprimer. Dès qu’il s’agit de jeunes des quartiers populaires, et plus particulièrement de ceux qui sont issus de la colonisation, le refus et la révolte devant les inégalités sont d’emblée mis en illégitimité. Leurs actes étant perçus à travers un prisme étroitement culturaliste, ne sauraient avoir une signification, une valeur et a fortiori une légitimité sociale ou politique [16]. De par leur « refus d’intégration » ou leurs caractéristiques familiales et/ou culturelles et/ou religieuses, les jeunes revendicatifs ne peuvent apparaître que comme « anomiques » - ou pire : porteurs de normes et de valeurs dangereuses pour l’ordre social.

Des « rodéos des Minguettes » de 1981 aux émeutes de novembre 2005, le recours systématique, quasi-exclusif et disproportionné à la « fermeté », à la surveillance et à la répression des mouvements de révolte est un autre point commun avec le modèle colonial. Plus largement, tout comportement dissident, déviant ou simplement « déplacé » de la part d’un jeune issu de la colonisation fait l’objet de jugements moraux qui s’apparentent, par leur outrance, leur généralité et leur contenu, aux doléances du colon à l’encontre du colonisé. Le « portrait mythique du postcolonisé » reproduit dans une large mesure le « portrait mythique du colonisé » dont Albert Memmi avait en son temps analysé la structure et la genèse. C’est ainsi qu’on parle, aujourd’hui comme au temps des colonies, de « territoires » à « conquérir » ou « reconquérir », d’espaces « décivilisés », de « sauvageons » ou de « barbares », de « défaut d’éducation », de nécessaire « adaptation » de nos dispositifs pénaux à des populations « nouvelles », radicalement « différentes » des jeunes de jadis, vivant « en dehors de toute rationalité » [17].

Au-delà des mots, les pratiques politiques et policières rejouent, sur un mode heureusement moins extrême, une partition qui s’est largement écrite dans un contexte colonial : qu’il s’agisse du couvre-feu, de la « guerre préventive » que constituent les contrôles policiers à répétition ou les dispersions intempestives dans les halls d’immeuble, de la pénalisation des parents pour les fautes des enfants, ou encore des méthodes de gestion de la contestation politique (diffamation, criminalisation, appel aux autorités religieuses locales pour pacifier une émeute ou détourner la population d’une action politique protestataire), les autorités instaurent en banlieue des modes de gestion qui violent un certain nombre de principes fondamentaux (comme la présomption d’innocence, le principe de la responsabilité individuelle, le principe de laïcité), et qui par conséquent apparaissent comme des anomalies au regard d’une certaine tradition du Droit français, mais qui ne tombent pas du ciel. Si l’on se réfère à l’autre tradition française, à la part d’ombre que constituent le Droit d’exception et les techniques de pouvoir qui se sont inventées et expérimentées dans les colonies, alors l’actuelle « dérive sécuritaire » perd beaucoup de sa nouveauté et de son exotisme.

Une élite à promouvoir. Que ce soit pour disculper le « modèle français d’intégration » (en montrant à la masse en échec qu’« on peut s’en sortir », et que par conséquent chaque individu est seul responsable de son malheur) ou pour servir d’« intermédiaire » avec les autres « jeunes » au prétexte d’une proximité culturelle, ou encore pour occuper des postes ethnicisés au prétexte de spécificités, partout se décline une injonction idéologique à la déloyauté, dans des modalités proches de « l’évolué » ou du « peau noire, masque blanc » tel que l’analysait Franz Fanon.

Des femmes à « émanciper », malgré elles et contre leurs groupes familiaux. Les débats autour de la « loi sur les signes religieux » ont mis en évidence la persistance des représentations coloniales sur « l’hétérosexualité violente » du « garçon arabe » ou du « musulman » et sur la soumission de sa femme et de ses filles. Le fait même de récuser la parole des premières concernées, et de les sommer de se dévoiler, sous peine d’exclusion et de déscolarisation - en d’autres termes : de les « forcer à être libres » - relève d’une conception de l’émancipation qui fut celle des colonisateurs [18].

L’enjeu de la nomination

Deux précisions s’imposent, pour finir, en réponse à des objections récurrentes. Tout d’abord, dire qu’il existe un racisme post-colonial ne revient pas à dire que ce racisme est le seul à l’œuvre dans la société française de 2006, que la colonisation est la seule source du racisme, et que les pays qui n’ont pas eu d’empires coloniaux n’ont pas leurs propres racismes, avec leurs propres fondements historiques. Il est évident qu’il existe en France d’autres racismes, c’est-à-dire d’autres formes de stigmatisation irréductible à la xénophobie : les racismes anti-juifs et anti-tziganes notamment - ou même des formes radicales de mépris social à l’égard de « blancs pauvres » qui s’apparentent à un « racisme de classe ».

S’il est parfois utile de le rappeler, il est en revanche absurde, malhonnête et irresponsable de suspecter ou d’accuser a priori - comme beaucoup l’ont fait [19] - de « colonialo-centrisme », de « concurrence des victimes » voire de « banalisation de la Shoah » ou d’antisémitisme toute personne qui se consacre à l’analyse ou au combat contre les racismes spécifiques visant les colonisés ou les postcolonisés. Nous citerons sur ce point Sigmund Freud : se consacrer aux nombreuses névroses qui naissent de refoulements sexuels ne signifie pas qu’on nie l’existence d’autres troubles et d’autres causalités.

De même, souligner les origines coloniales de certaines formes de racisme ne revient pas à nier l’existence d’autres formes de racisme et de discrimination, qui s’enracinent dans d’autres épisodes historiques et d’autres processus sociaux. Nous ne voyons pas plus « la colonisation partout » que Freud ne voyait « le sexe partout » - même si nous la voyons à l’oeuvre là où beaucoup ne veulent pas la voir, comme Freud voyait la pulsion sexuelle là où beaucoup ne voulaient pas la voir.

Parler de racisme post-colonial, ce n’est pas non plus prétendre que les descendants de colonisés vivent une situation identique en tous points à celle de leurs ancêtres. Le préfixe « post » est à cet égard suffisamment clair : il marque à la fois un changement d’ère et une filiation, un héritage, un « air de famille ». Là encore, la précision est parfois utile, mais elle est le plus souvent hors de propos, notamment lorsqu’elle sert à « faire la leçon » à des mouvements militants qui sont parfaitement conscients des différences entre les situations coloniale et postcoloniale - et qui le disent de manière claire et répétée. Tel fut le cas à propos du Mouvement des Indigènes de la République : malgré leurs nombreuses mises aux point [20], nombre de savants ou de responsables politiques leur reprochent, de manière quasi-rituelle, de se nommer « indigènes » ou de qualifier de « coloniaux » certains discours ou certains dispositifs légaux, administratifs ou policiers. Le code de l’indigénat est aboli, leur explique-t-on doctement.

Le problème que posent ces appels au sérieux et à la rigueur historique, outre qu’ils prennent leurs destinataires pour des imbéciles, c’est qu’ils méconnaissent la spécificité du discours politique, ou plutôt de certaines formes du discours politique (la pétition, le tract, la banderole, le slogan), qui impliquent, de tout temps et quel que soit le front de lutte (ouvrier, féministe, homosexuel...), un certain usage du raccourci et de l’hyperbole. C’est aussi qu’ils méconnaissent le pouvoir heuristique que peut avoir « la colère des opprimés » [21].

Ces rappels à l’ordre laissent enfin un sentiment de « deux poids deux mesures », car on n’entend pas aussi souvent, de la part de chercheur-e-s ou de politiques, les mêmes leçons ou conseils amicaux adressés aux militantes féministes quand elles continuent - non sans raisons - de qualifier notre société de société patriarcale. Il en va pourtant de même pour les lois discriminatoires donnant un statut de mineure à la femme que pour le code de l’indigénat : elles ne sont plus en vigueur. L’égalité hommes-femmes est désormais actée dans les textes de loi, tout comme le principe de non-discrimination en fonction de « la race, l’ethnie ou la religion » - avec la même efficacité toute relative dans les deux cas... On ne retrouve pas non plus un tel souci de mesure et d’hyper-correction lorsque des sans-papiers sur-exploîtés se comparent à des esclaves, quand des philosophes, des sociologues ou des militants de gauche parlent d’Apartheid scolaire ou social, ou quand des salariés, bénéficiant pourtant encore de quelques acquis sociaux et d’un accès relatif aux biens de consommation, continuent de s’identifier, en chanson, aux « damnés de la terre » ou aux « forçats de la faim » ...

Plus profondément, les réactions hostiles, méfiantes ou condescendantes suscitées par l’Appel des indigènes de la République posent la question cruciale du pouvoir de nomination et de sa légitimité. Ce pouvoir de nomination a des effets performatifs sur la réalité, sur ce qui en est dit et sur ce qui est renvoyé dans le « non-dit » et même dans l’indicible. Il construit le réel social d’une façon déterminée, imposant ainsi des grilles de lectures, des attributions causales et les conséquences concrètes qui en découlent en termes de politique publique. Il n’est donc pas indifférent de savoir qui s’autorise à nommer qui. Il n’est pas indifférent de voir émerger de nouveaux termes, qu’ils soient d’auto-désignation ou d’hétéro-désignation. C’est sous cet angle, plutôt que sur le mode professoral du rappel des différences entre indigènes coloniaux et postcoloniaux, qu’historiens et sociologues devraient appréhender le récent mouvement des Indigènes de la République. Comme le rappelait Abdelmalek Sayad :

« C’est une chose connue : la dérision est l’arme des faibles ; elle est une arme passive, une arme de protection et de prévention. Technique bien connue de tous les dominés et relativement courante dans toutes les situations de domination : « Nous, les Nègres... » ; « Nous les Khourouto ... » (pour dire « Nous les Arabes... ») ; « Nous les nanas... » ; « Nous les gens du peuple... » ; « Nous les culs-terreux », etc. (...). La sociologie noire américaine, la sociologie coloniale enseignent qu’en règle générale une des formes de révolte et sans doute la première révolte contre la stigmatisation (...) consiste à revendiquer le stigmate, qui est ainsi constitué en emblème » [22].

Notes :

[1] Cf. Y. Gastaut, L’immigration et l’opinion en France sous la cinquième République, Seuil 1999

[2] Cf. G. Noiriel, Le creuset français, Seuil, 1988 et La tyrannie du national, Calmann-Lévy, 1991

[3] Cf. A. Memmi, Le racisme, Folio actuels, 1999

[4] Cf. S. M. Barkat, Le corps d’exception. Les artifices du pouvoir colonial et la destruction de la vie, Editions Amsterdam, 2005

[5] Cf. N. Bancel, P. Blanchard, De l’indigène à l’immigré, Découvertes Gallimard, 1999

[6] Cf. P. Tevanian, « Le corps d’exception et ses métamorphoses », Quasimodo, n°9, été 2005, à lire sur LMSI.

[7] Cf. V. de Rudder (dir.), L’inégalité raciste, PUF, 2000

[8] Cf. C. Delphy,« Un mouvement, quel mouvement ? », à lire sur LMSI.

[9] A. Sayad, « La » faute » de l’absence », L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, De Boeck Université, Paris-Bruxelles, 1997.

[10] K. Marx, Le 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte, Éd. Mille et une nuits, 1997

[11] Cf. A. Memmi, Portait du colonisé, op. cit

[12] Cf. R. Hoggart, La culture du pauvre, op. cit.

[13] Cf. E. Savarèse, Histoire coloniale et immigration, Séguier, 2000 ; A. Sayad, « Qu’est ce qu’un immigré ? » , L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, op. cit., 1997.

[14] Cf. S. M. Barkat, Le corps d’exception, op. cit., 2005

[15] Cf. S. Bouamama, Dix ans de marche des beurs, Desclée de Brouwer, 1994

[16] Cf. F. Athané, « Ne laissons pas punir les pauvres », à lire sur LMSI.

[17] Cf. P. Tevanian, Le ministère de la peur, op. cit.

[18] Cf. N. Guénif-Souilamas et E. Macé, op. cit. et C. Delphy, « Antisexisme ou antiracisme : un faux dilemme », Nouvelles questions féministes, Volume 25, n°1, « Sexisme et racisme » , janvier 2006.

[19] Deux exemples particulièrement caricaturaux : Fadela Amara et Philippe Val. La première, réagissant dans une tribune de Libération à l’Appel des indigènes de la République, objecte aux signataires de cet appel que « la guerre d’indépendance algérienne n’est pas l’équivalent de la Shoah », car « le programme de l’Algérie française, ce n’était pas l’extermination totale d’une population. ». Ce type d’énoncés pose le problème suivant : ils sont absolument incontestables, mais leur énonciation est totalement insensée précisément parce que l’énoncé est incontestable et incontesté. En l’occurrence, nulle part dans l’appel des indigènes de la République - et pas davantage dans les discours périphériques tenus par lesdits « indigènes » - ne figure une mise en équivalence entre la colonisation et la Shoah. Quel sens cela a-t-il dès lors de le leur reprocher, sinon celui de les disqualifier par n’importe quel moyen, de manière à ne pas avoir à répondre à leurs véritables analyses et leurs véritables demandes ? Quel sens cela a-t-il de souligner cette différence inconstestable et incontestée entre la colonisation et la Shoah, sinon celui de relativiser à tout prix la gravité de la colonisation ? Quant à Philippe Val, il va plus loin encore, et pratique la diabolisation sur un mode presque infantile, en faisant de ses adversaires de véritables « méchants » : « Les Indigènes de la République voudraient mettre sur le même plan la colonisation, l’esclavage et la Shoah, afin, non pas tant de valoriser les drames qu’ont vécus leurs aïeux, mais de relativiser la Shoah. ». Il suffit là encore de lire les productions des Indigènes de la république pour mesurer le caractère insensé et odieux d’une telle affirmation. Nous sommes même dans la diffamation au sens juridique du terme, dans la mesure où le propos est non seulement infâmant et mensonger, mais aussi animé par une évidente « mauvaise foi » et une non moins évidente « intention de nuire ».

[20] Cf. notamment A. Héricord, S. Khiari, L. Lévy, « Indigènes de la République : réponses à quelques objections », à lire sur LMSI.

[21] C. Guillaumin, « Les effets théoriques de la colère des opprimés » , Sexe, race et pratique du pouvoir, Editions des Femmes, 1992.

[22] A. Sayad, « Le mode de génération des générations immigrées » , Migrants-Formation, n° 98, septembre 1994

www.oumma.com/spip.php?article2203

Par alert2neg - Publié dans : Honneur & Respect
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