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Marie-Christine Hodeau, 42 ans, la joggeuse enlevée lundi dans la forêt de Fontainebleau,a été assassinée par son ravisseur qui l'a croisée au bord d'une route.Quelques heures seulement après les aveux du meurtrier présumé, un homme
déjà condamné en 2002 à onze ans de prison pour un viol, mais remis en liberté conditionnelle en mars 2007, Nicolas Sarkozy, qui a reçu jeudi après-midi la famille de la victime, réactive le
thème de la lutte contre la récidive pénale. Stupéfiant, n'est-ce pas ?
Fidèle à lui même, c'est à dire capable de tout, y compris d'instrumentaliser la mémoire des victimes de délinquants sexuels, Nicolas Sarkozy n'a pas laissé passer l'occasion de surfer sur
l'émotion provoquée par ce dernier meurtre abjecte, quitte à bafouer la mémoire de Marie-Christine Hodeau.Indécent, n'est-ce pas ?
Primo, il exhume son très controversé projet sur la "surveillance de sûreté" des condamnés remis en liberté. Vous avez dit démagogie ?
Deuxio, il pousse son complice Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, à remettre en cause les juges qui ont placé en liberté conditionnelle le suspect, déjà condamné pour enlèvement et viol. "Il est parfaitement inacceptable que ce
criminel sexuel ait été remis en liberté. C’est dans ces conditions qu’il a, hélas, récidivé", a t-il déclaré. Et d'ajouter: "une vie aurait pu être épargnée si
l’application de la loi avait été faite dans l’intérêt des victimes. Cela pose une question d’application de la loi et, peut-être, une question d’adaptation de la loi". Vous avez
dit populisme ?
Tertio, il presse le porte-parole de l’UMP Frédéric
Lefebvre de relancer le débat sur le recours à la
"castration chimique", une pratique pourtant déjà en vigueur en France. Vous avez dit foutage de gueule ?
C'est à croire que Nicolas Sarkozy espère surfer sur le meurtre de Marie-Christine Hodeau qui agite l'opinion pour aborder les thèmes polémiques de la récidive et de la
"tolérance zéro". Pour mémoire, le chef suprême de l'UMP avait déjà profité de l'assassinat sordide d'une autre joggeuse, Nelly Crémel, en 2005, pour fustiger le juge qui avait remis en liberté son meurtrier, qu'il avait qualifié de "monstre".Cette affaire très
médiatisée avait conduit à l'adoption d'une loi sur la récidive, laquelle prévoyait la surveillance des détenus en fin de peine, notamment par le bracelet électronique.
Par la suite, juste après l'enlèvement et le viol du petit Enis, août 2007, par un homme déjà condamné pour pédophilie dans le Nord, le tout nouveau président élu à la présidence avait
promis à son père des lois "plus sévères". Espérons que les Français ne se laisseront pas prendre dans la surenchère émotionnelle entretenue par l'omniprésidentet ses serviteurs
zélés. Parce que derrière l'indignation orchestrée par le pouvoir se cache l'impuissance et l'échec de la politique de Nicolas Sarkozy , tant comme président de la République que comme ministre
de l'intérieur entre 2002 et 2007.
Pour Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (tendance droite), "A chaque fois on vote une loi, et à
chaque fois on tombe sur le juge qui est un bouc émissaire idéal", a-t-il protesté, souhaitant "que le gouvernement s'occupe déjà de donner les moyens à la justice
de fonctionner normalement".
Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la magistrature (classé à gauche), souligne que "les taux de récidive pour les gens qui ont fait l'objet d'un aménagement de peine sont moins
importants que pour ceux qui sortent de prison sans aucun suivi". Et d'évoquer "un dispositif défaillant dans la prise en charge et la réinsertion, notamment pendant le temps
carcéral".
Profiter d'un drame pour se refaire une image politique et regagner des points dans les sondages, c'est de la pornographie politique. C'est hélas une spécialité qui a propulsé
l'omniprésident en haut de l'affiche élyséenne.
A2N
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